C’est assez curieusement que l’expression « goldilocks economy » s’applique à qualifier une situation où tout va bien. Parce que l’expression tire son origine du conte dans lequel la petite fille nommée Boucle d’Or en raison de sa chevelure goûte le repas d’une famille d’ours partie se promener, et le trouve tellement à son goût qu’elle s’assoupit directement après… suscitant l’émoi de la famille concernée.

C’est pourtant la situation persistante que vit l’économie depuis près de deux ans: une croissance modérée, peu d’inflation, peu de situations de crise, un chômage globalement en baisse, des marchés boursier en hausse. Certes, la croissance a perdu un peu de son tonus depuis l’an dernier, l’inflation se renforce quelque peu, les sanctions économiques décidées par Donald Trump à l’encontre de la Chine font craindre un repli protectionniste généralisés, qui porterait un coup d’arrêt à la croissance… Et l’on va jusqu’à invoquer le 10e anniversaire de la faillite de Lehman Brothers survenue le 15 septembre 2008 pour ressusciter des angoisses millénaristes.

Alors, d’où viendra la prochaine crise? Damned, à force de se poser la question depuis dix ans, tous les paramètres ont été examinés, du niveau d’endettement record des pays riches, de la démographie déclinante de ces derniers, de l’augmentation des inégalités, qui accroît les frustrations, qui se traduisent notamment par des replis identitaires et la résurgence des réflexes anti-immigration. Voire, imaginons, une sclérose globale de la société, à l’image de ces multinationales qui cherchent à retrouver le dynamisme et l’inventivité de l’époque où elles n’étaient que des start-ups mais qui s’engluent dans leurs processus de réflexion, de décision, de contrôle, qui ne sont rien d’autre que l’expression du maintien des privilèges et des chasses gardées des uns et des autres.

Et comme il n’y a pas d’urgence à réformer réellement un fonctionnement de l’économie qui semble convenir, globalement, à la majorité, cela va continuer comme avant. Avec des marchés en hausse, une économie en croissance modérée, et aussi des inégalités qui se creusent, des laissés-pour-compte de plus en plus nombreux, et un climat dont le dérèglement est de plus en plus évident.

Comme personne ne se hasarde à prévoir la prochaine crise, osons un modeste pronostic: elle suscitera d’immenses espoirs de changement. Mais peu nombreux seront ceux qui surviendront réellement: si, par temps calme, chacun cherche à profiter au mieux de son bien-être, le réflexe, sous la tempête, est de se caler bien à l’abri.