Il n’a échappé à personne que l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence française le 7 mai dernier n’a pas provoqué l’explosion boursière que d’aucuns attendaient. Le lundi suivant le scrutin, les indices boursiers sont restés plats, voire même, se sont légèrement affaissés. Et la semaine qui a suivi a confirmé cet attentisme… sauf en Suisse, où l’indice SMI a quand même gagné un petit pour-cent, franchissant à nouveau les 9000 points!

Pourtant, le soulagement de voir la France rester dans le jeu européen et de la mondialisation a coïncidé avec une autre excellente nouvelle, économique celle-là, la révision à la hausse des prévisions de croissance de la zone euro, à 1,7% pour cette année. Certes, un seul petit dixième de point de pourcentage de mieux que la prévision précédente, mais l’Europe revient de très loin. Alors, pourquoi les marchés internationaux ne bondissent-ils pas?

Les professionnels insistent sur la persistance des risques et des inconnues macroéconomiques. Mais les mêmes ne s’en sont pas tant embarrassés pour saluer le “plan” de relance de Donald Trump par l’une des plus spectaculaires hausses boursières de ces dernières années.

Aussi, les actions sont devenues extraordinairement chères. Elles s’achètent, en moyenne, plus de 20 fois les bénéfices attendus en Europe, alors que la moyenne historique tourne autour de 15 à 17 fois. Même si le marché s’attend à ce que l’accélération de la croissance se traduise par des hausses de bénéfices, il estime aussi déjà en avoir payé le prix.

C’est donc sur le front des changes que le rebalancement s’opère, avec un euro en hausse face au dollar… dans une petite marge, faute de quoi la reprise européenne pourrait vite subir un coup d’arrêt pour cause de surévaluation monétaire.

Avec un autre effet en cascade, lui-même très favorable à la Suisse. Qui dit hausse de l’euro dit baisse du franc, qui ne peut que réjouir les exportateurs, et baisse de la pression sur la BNS, surchargée de réserves de devises et obligée à maintenir des taux d’intérêt négatifs punitifs pour tant d’acteurs, à commencer par le système de prévoyance et les banques.

Est-ce la fin des dix ans de purgatoire que nous venons de traverser? La dynamique est là, mais les résultats concrets dépendront largement de l’aptitude d’Emmanuel Macron d’appliquer son programme en France, de son impact sur le reste du continent, de la reprise de confiance de ce dernier dans son modèle d’intégration, afin que les doutes sur la mondialisation et la capacité d’intégration de nos sociétés ne paraisse plus un vilain mot. En bref, retrouver de l’optimisme.

Cela prendra du temps. Thomas Jordan, le président de la BNS, n’a-t-il par déclaré, quelques jours après l’élection d’Emmanuel Macron, que le franc restait surévalué, laissant entendre que les taux négatifs allaient demeurer? L’optimisme est une qualité qui ne se construit que pierre par pierre! Sans oublier que tout peut être mis par terre par un simple faux pas de Donald Trump.