Avec des taux d’intérêt hypothécaires compris entre 1 et 2% depuis quatre ou cinq ns, on a fini par avoir le sentiment que l’argent presque gratuit, c’est pour toujours. Erreur, Herr Kommissar, cette douce période – pour ceux qui ont pu acheter la villa ou l’appartement de leurs rêves grâce à un endettement massif – tire progressivement à sa fin.

Inutile de chercher à lire l’avenir dans les arcanes langagières de la BNS car celles-ci peuvent changer d’un jour à l’autre, ni traquer les micro-modifications du marché de la dette privée, car elles ne livrent que peu de variations au jour le jour. La ligne, comme de coutume, est donnée par les Etats-Unis. Ne sont-ils pas toujours la première économie au monde, aussi bien par la masse (18’000 milliards de dollars de PIB contre 11600 pour la zone euro) que par le dynamisme économique (+1,9% de croissance contre 1,7%)? La Fed, la banque centrale américaine, s’est clairement engagée dans un cycle de hausse des taux, ce qu’elle a confirmé lors de sa réunion du 15 mars. Désormais, les taux courts sont déjà à 1% et devraient atteindre 1,5% à la fin de cette année.

Depuis la chute de Lehman Brothers en 2008, la Fed a systématiquement pris l’initiative des réponses à donner à la crise financière: chute brutale des taux, injections de liquidités ultra-expansives, puis “tapering” progressif et, enfin, reprise de la hausse des taux dès la fin 2015. La BCE, entravée par les divisions européennes, n’a fait que suivre avec un décalage de deux ans. La BNS s’est, pour sa part, cantonnée dans une stratégie de survie de l’économie suisse en choisissant les moins mauvais des maux, l’explosion de son bilan et le plongeon dans les taux négatifs.

Aux Etats-Unis, il ne fait aucun doute aujourd’hui que le cycle est en plein boom: l’inflation a bondit à 2,7%! Mais la zone euro s’en approche bien plus vite que ce que l’on croyait voici quelques mois encore: l’économie est en croissance dans la plupart des grands pays – même en France, qui se croit toujours en crise – et l’inflation atteint 2%, à la grande inquiétude des Allemands et pour la plus grande joie des autres. La BCE, qui s’est engagée à son tour dans une réduction progressive de ses injections de liquidités, pourrait hausser les siens dès 2018, estiment la majorité des économistes. La Suisse n’attend que cela pour mettre fin aux taux négatifs et revenir à une situation normale, ce qui renchérira le coût de l’endettement. Et donc des hypothèques.

Minute, là, et ces gigantesques masses de liquidité qui noient les trésoreries des entreprises et pèsent sur le marché de la dette, ne vont-elles pas empêcher tout décollage? Certains le pensent, confortés par le relatif immobilisme des taux longs américains: 2,4% pour les emprunts à dix ans en dollars, pratiquement inchangé depuis cinq ans. En zone euro, c’est bien pire, les taux longs ne cessent de baisser depuis 2008 et affichent 0,4%. Ils semblent se redresser depuis quelques mois. Mais ce n’est pas la première fois qu’un tel rebond fait mine de vouloir inverser la tendance.

Le “savings glut”, comme les économistes appellent cet excès de liquidités et d’épargne, pourrait néanmoins se réduire sous l’effet de l’accélération de l’économie, qui appelle les investissements, de la reprise de l’inflation, qui écorne l’épargne, et de l’action des banques centrales, si elles parviennent à agir (plus ou moins) de concert. Sous l’effet de cette double pression, le loyer de l’argent va se renchérir. En Suisse aussi, du fait que le pays et son économie ne sont pas immunisés face aux mouvements de l’économie mondiale.

Ce beau scénario, allègrement optimiste, ne peut cependant se réaliser que si:

  • Donald Trump ne lance pas de missile nucléaire sur la Corée du Nord;
  • Donald Trump ne ruine pas la crédibilité de la Fed en remplaçant sa gouverneur Janet Yellen par un candidat peu crédible;
  • Marine Le Pen n’est pas élue ou, à tout le moins, ne retire pas la France de la zone euro;
  • Les Européens adhèrent sérieusement à leur “Déclaration de Rome”, pérennisant l’UE.

Ce qui fait déjà une bonne proportion d’inconnues. Mais si ces risques se matérialisent, les taux des hypothèques pourraient bien rester où ils en sont aujourd’hui. Voire descendre encore!