Mis en ligne le 02.12.2016 à 11:30

On aime bien, dans les entreprises, faire des scénarios. Que se passera-t-il si notre principal client nous lâche, si la banque ne nous renouvelle pas notre ligne de crédit, si nous parvenons enfin à conquérir ce nouveau marché, etc. etc. Par extension, ce principe de fonctionnement est aussi appliqué à des niveaux plus élevés, jusqu’au sommet. Et c’est là que les choses dérapent.

La définition d’un scénario répond à un besoin objectif, celui de se préparer à différentes issues. Mais elle comble aussi un vide, celui de l’inconnu, par une espèce de mécanisation de la prévision. Paramètre de comparaison (“benchmark”, diront certains), elle sert de rampe pour avancer dans un avenir souvent flou. Mal compris, il égare.

Brexit, élections présidentielles aux Etats-Unis et en France, autant d’événements annoncés pour lesquels des scénarios ont été définis en suivant les principes de base: on prévoit un scénario de base, que l’on juge le plus probable, et l’on élabore des scénarios alternatifs, que l’on a tendance plutôt à bricoler tant ils paraissent peu crédibles.

Et comme tout le monde procède à la même analyse (“groupthink“), l’on aboutit à de désagréables surprises: sortie du Royaume-Uni de l’UE, élection de Donald Trump, annonce du retrait de François Hollande. A chaque fois, les experts sont pris de court, les reponsables ne savent plus vers qui se tourner, et les “élites” paraissent encore plus déconnectées du “peuple”.

L’année 2016 aura été celle où les plus grandes surprises sont venues de la tournure inattendu d’événements planifiés longtemps à l’avance. Les conséquences sont incalculables, largement inconnues. L’année 2017 sera donc celle où la part d’inconnu, d’incalculable, d’improbable, va donc progresser.

Il est donc grand temps que les scénaristes du futur infusent de plus grandes doses de relativisme dans leurs projections. Et que les dirigeants qui les lisent s’y fient moins. L’avenir n’est jamais mécanique. Et par essence, il est imprévisible. Il est grand temps de le reconnaître. En accordant, si l’on ne peut pas faire autrement, plus de place aux “scénarios alternatifs”.