Mis en ligne le 18.11.2016 à 13:50

Il est établi depuis l’élection de Donald Trump le 8 novembre dernier que l’économie américaine – et donc mondiale – va au-devant de moments agités. D’une part, le prochain président promet un vaste plan de relance fait de charbon et d’acier, de réparations de routes et de croissance massive de la dette. Tout cela sera fort bien pour l’emploi, et donc les salaires, et donc les prix. La petite poussée de fièvre enregistrée ces derniers mois est donc promise à un bel avenir.

D’autre part, le même président promet des murs, des barrières et un vaste retrait américain du reste du monde. Les entreprises ne pourront plus aussi facilement qu’aujourd’hui embaucher l’ultra-spécialiste-qui-est-le-seul-à-maîtriser-une-technologie-ultra-pointue-et-prometteuse-mais-qui-malheureusement-est-Pakistanais-et-ne-pourra-donc-pas-obtenir-de-visa, et les échanges internationaux progresseront moins vite. Pour la croissance, donc, on repassera.

En météo, lorsqu’une haute pression passe à proximité d’une zone déprimée, cela provoque des turbulences, d’autant plus fortes que les différences entre les hautes et les basses pressions sont marquées. En termes économiques, on promet donc un mélange d’inflation et de stagnation conjoncturelle. Cela vous rappelle quelque chose? La stagflation des années 1970, qui a mis fin aux Trente Glorieuses et a débouché sur la « révolution » libérale reaganienne.

Le premier à se voir ballotté sera évidemment le dollar, surtout s’il est écartelé entre les hausses des taux d’intérêt et le tassement de la croissance: va-t-il monter, grâce à des perspectives de rendement accrues, ou baisser, du fait de la moindre attractivité de l’économie américaine? L’arbitrage pourrait venir du retrait américain du reste du monde: si l’US Army se retire d’Irak, d’Allemagne ou de Corée, si l’US Navy croise moins dans le Golfe ou en Mer de Chine, qui dit que les pays riverains continueront de privilégier le billet vert pour vendre leur pétrole, leurs robots et leur électronique? La chute risque d’être dure pour l’Oncle Sam lorsqu’il se rendra compte qu’il est ravalé au rang de pays comme les autres (grands, quand même…).

Le second, ce sera nous! L’inflation, tant souhaitée par nos dirigeants monétaires, va-t-elle bondir, entraînée par le dollar? Ou, au contraire, va-t-on à nouveau plonger dans la déflation, à cause du nouveau protectionnisme américain (si le dollar baisse, le franc sera à nouveau « surévalué »)? Dans le premier cas de figure, nous paierions le prix de la dette américaine. Dans le second, nous paierions le prix de la fermeture des frontières américaines.

Donald Trump est un véritable homme d’affaires: il réussit à faire endosser aux autres le prix de ses décisions. Et plus il accumulera les bêtises, plus le prix à payer sera élevé!