La décadence de la place financière de Genève saute désormais aux yeux. D’un coup d’un seul, elle a dégringolé de huit rangs à la 23e place des principales places financières mondiales, selon l’Indice des centres financiers globaux (GFCI), publié par le cabinet de consultants britanniques z/yen et qui fait référence mondiale. Jusqu’alors, la place de Genève s’était toujours maintenue entre la 10e et la 15e place ces dernières années, même avec la disparition annoncée du secret bancaire. Ce n’est plus le cas.

Le cabinet justifie cette chute dans les classements par les conséquences de la fin du secret bancaire et le renforcement des réglementations fiscales en la matière. Il est certain, en effet, que les fonds qui n’aiment pas la lumière sont en train de fuir, quand ils ne sont pas expulsés par des banques devenues bien craintives. Cette tendance annoncée depuis six ans est sans doute en pleine force ces jours, dans la perspective de l’entrée en vigueur dès 2017 et 2018 de l’échange automatique d’informations et de la Convention d’assistance administrative.

Cette chute est-elle donc temporaire? Peut-être. Mais elle témoigne aussi de la difficultés des banques à se réformer, à se tourner vers l’avenir. La finance durable, pourtant en plein décollage (3% des actifs gérés en Suisse) ne les intéresse toujours pas, selon une étude des Universités de Zurich et Genève. Bizarre: quelle meilleure image pourraient-elles diffuser que celle de gérer des avoirs responsables, porteurs de l’avenir de la planète?

Le salon Cibos se tient ces jours à Palexpo. Il rassemble le gratin des chambres de compensation, des mécanismes de paiement, des infrastructures qui assurent la tuyauterie financière. Une fantastique occasion de rappeler le rôle de la Cité de Calvin sur la carte financière mondiale, en montrant son caractère innovant, notamment par le biais des start-ups dans la fintech.

Mais ces efforts, quoique soigneusement misen scène, demeurent encore trop marginaux pour marquer une vraie renaissance. Genève a une auttre vocation que celle d’un expert en robinets de la finance. Son actif, elle ne cesse de le répéter, c’est dans l’excellence de la gestion, donc de l’élaboration et de la maîtrise des produits. Or, de ce côté-là, on ne voit pas grand-chose venir, hélas.

Si elle ne prend pas le problème à bras le corps, si elle continue de se complaire dans la nostalgie du passé, Genève – et la Suisse romande avec elle – risque d’attendre longtemps avant de redevenir l’une des dix places financières qui comptent sur la planète.