Ce sont désormais cinq banques qui font l’objet de procédures de la part de la Monetary Authority of Singapore,  dans le cadre du méga-scandale du fonds souverain malaisien 1MDB: les helvétiques UBS et Falcon Bank, la britannique Standard Chartered et la singapourienne Development Bank of Singapore (DBS) ont rejoint la BSI, basée à Lugano, dont la dissolution a déjà été prononcée par la Finma suite à ce scandale. Toutes se voient reprocher par le gendarme financier de la cité-Etat asiatique d’avoir accepté trop facilement les millions (voire beaucoup, beaucoup plus) retirés du fonds souverain par le Premier ministre malaisien Najib Razak et certains de ses proches. Un sixième établissement est soupçonné, pour sa part, par les autorités américaines: rien moins que Goldman Sachs, le géant de Wall Street.

Les six banques annoncent qu’elles coopèrent activement avec les autorités réglementaires et judiciaires. Mais acceptent-elles vraiment leur part de responsabilité? BSI a fait recours contre la décision de la Finma de la dissoudre, jugeant cette décision « disproportionnée et incorrecte ». Mais sur le fond, la banque tessinoise admet que « son système interne a manifesté quelques défaillances dans le passé ». Goldman Sachs est même d’une plus grande franchise puisqu’elle a affirmé dans le Wall Street Journal que « la corruption était courante dans plusieurs marchés émergents et que la banque ne pouvait pas y faire des affaires sans interagir avec des personnes et des organisations potentiellement corrompues »!

De ces deux déclarations, conservons le coeur: Les banques font du business avec des gens « potentiellement corrompus ». C’est leur droit, mais elles prennent des risques pouvant être fatal à leur réputation et à leur existence. Pourquoi? Parce que leurs systèmes peuvent connaître des « défaillances internes ». Errare humanum est, bien sûr. Mais alors elles ne doivent pas prendre de risques potentiellement létaux.

Malheureusement la peur du gendarme a manifestement été vaincue, dans les banques soupçonnées par les autorités singapouriennes, américaines et suisses, par autre chose: les promesses de gains énormes et extrêmement rapides. BSI y a-t-elle même vu une chance de survivre à la fin du secret bancaire? Cette thèse a les faveurs de la place de Lugano, même si aucun banquier ne l’admet publiquement.

Tous ces établissements se sont dotés, comme ils en ont l’obligation, de dispositifs de détection des transactions douteuses, et ont l’obligation de rapporter tout mouvement suspect aux autorités de lutte contre le blanchiment d’argent. C’est ce qu’elles auraient omis de faire, selon les autorités de poursuite. Ces dernières, grâce aux enquêtes menées dans la cité-Etat asiatique, qui apparaît comme la plaque tournante de cette affaire, ont pu passer à l’action. Mais pour une affaire mise au jour, certes énorme, combien restent dans l’ombre? Etait-ce vraiment la première fois que les banques internationales que sont UBS, Standard Chartered et Goldman Sachs ont accepté des fonds au black issus de 1MDB? Y a-t-il eu des précédents, de moindre envergure, qui ont permis d’élaborer les schémas du crime?

La seule certitude dans cette affaire, c’est que le dispositif antiblanchiment, dont toutes les autorités se vantent, connaît encore des failles béantes que les Etats et les autorités internationales seraient bien inspirées de combler au plus vite. Quitte à placer des flics à l’intérieur des banques plutôt que de tabler sur la coopération de ces dernières pour lutter contre l’argent du crime.