Il arrive rarement que les grands patrons des deux grandes banques suisses s’expriment le même jour sur des thèmes voisins. Surtout un dimanche! Tidjane Thiam, du CS, défend sa banque attaquée par les marchés financiers, justifiant l’urgence et la profondeur de ses réformes. Sergio Ermotti, d’UBS, un peu en meilleure posture, lui vient en appui – publiquement, c’est exceptionnel – même s’il justifie son intervention par une critique du Conseil fédéral, jugé trop complaisant dans la remise de données de clients à des fiscs étrangers. C’est que cet été 2016 rend les grands patrons de la finance très nerveux.

Les effets du Brexit ont gravement fragilité une finance qui ne s’est jamais vraiment remise de la grande crise financière. Le montant global des dettes  – le réacteur de toute crise – ne s’est pas réduit ces neuf dernières années. Il s’est juste déplacé vers des zones moins bien régulées de la finance comme certains hedge funds, fonds immobiliers et autres acteurs du shadow banking, ainsi que l’a bien résumé Myret Zaki dans “La finance de l’ombre“, ouvrage basé notamment sur un rapport très complet du Conseil de la stabilité financière de novembre 2015. Bref, ces éléments pour rappeler que la finance dans toujours sur un volcan.

Celui-ci a été réveillé par le choix des électeurs britanniques de sortir de l’Union européenne le 23 juin dernier. La multiplication des questions ouvertes sur le sort du Royaume-Uni, de l’UE, de la zone euro et de la réorganisation de l’économie européenne – la première au monde si l’on inclut tous ses acteurs – se transforme en risque systémique que personne n’est capable d’appréhender. Les effets se multiplient: chute de la livre et de la valeur des placements au Royaume-Uni, fuite des investisseurs vers les actifs “sûr” et les monnaies-refuge. La BNS à elle seule a dû injecteur près de 7 milliards de francs fin juin pour éviter une trop forte surévaluation du franc.

A ces inquiétudes s’ajoutent, dans le marché et auprès des observateurs, celle du blocage de fonds immobiliers britanniques, confrontés à des demandes de remboursement de la part de leurs investisseurs inquiets des perspectives économiques britanniques, demandes que ces fonds ne peuvent pas honorer. Or, c’est exactement sur le même scénario que la crise des subprime a éclaté en août 2007.

L’Histoire ne repasse pas les plats. En général. Cet été, les banques centrales ont réagi immédiatement, calmant les premières alarmes. Mais sauront-elles faire face à ce qui ressemble comme un pourrissement accéléré de la situation? Pour le moment hélas, ce sont elles qui semblent, encore, les seules à même à monter efficacement au front. Parce que l’on ne voit guère pour le moment d’impulsion décisive émaner de l’UE.