L’Association suisse des banquiers est en pleine discussion ces jours quant à l’identité de son prochain président. Sera-t-il issu d’une banque cantonale, d’une grande banque, des Raiffeisen? La question n’est pas anodine car le successeur de Patrick Odier, qui remet son mandat après sept ans d’engagement intense, devra aligner les intérêts d’une industrie divisée et restaurer une unité de vue. Il en va de la réinvention de l’industrie de la gestion de fortune après la fin du secret bancaire, réinvention qui se fait attendre.

L’avenir est sombre pour les banquiers. Pour les sceptiques d’entre eux, qui ne croient toujours pas au déclin, le Tessin offre une image saisissante. La place de Lugano s’étiole. Les fonds des clients étrangers s’en vont, petit à petit. Le nombre d’établissements se réduit, les emplois aussi. La fermeture forcée de la BSI a mis en lumière la décrépitude de ce qui fut le troisième centre financier du pays.

Le Tessin est un cas extrême, victime de sa monoculture de la gestion pour des clients italiens venus échapper au fisc et de ses liens très étroits avec Milan. Victime aussi de son relatif isolement en Suisse et de la modestie de sa taille. Mais il peine à sortir des vieilles habitudes où le banquier facturait cher un service médiocre sous l’abri du secret bancaire. Malheureusement, ce réflexe est celui de trop nombreux banquiers ailleurs dans le pays, qui n’ont toujours pas tourné la page des “fat fees” du passé et ne s’intéressent pas aux solutions innovantes de l’avenir comme les placements durables. Si la finance helvétique recule encore, elle ne pourra s’en prendre qu’à elle-même.