La Finma a eu une manière curieuse d’annoncer la fermeture forcée de la BSI, la principale banque de Lugano, pour avoir systématique accepté sans poser de questions des centaines de millions de francs issus de la corruption en Malaisie dans le cadre du scandale du fonds souverain 1MDB. D’une part, elle a chargé – sans le nommer – le directeur général Stefano Coduri des « graves manquements » de son institution. De l’autre, elle a marché comme chat sur braise sur la responsabilité des membres du conseil d’administration.

Que le directeur général soit sanctionné dans une affaire pareille tombe sous le sens. Vu l’ampleur et le caractère répété des entrées de fonds issus de la corruption que la banque a acceptés, la direction générale doit être étroitement impliquée: non seulement être au courant, mais aussi donner son aval. Ces éléments sont du reste clairement explicités par l’autorité de surveillance dans ses différentes communications du matin du mardi 24 mai. Stefano Coduri en a du reste tiré les conséquences, lui qui a annoncé son retrait immédiat de la direction générale. Peut-être n’était-ce du reste pas totalement une surprise pour lui: on la dit « très calme, pas du tout agité » ce même mardi. Et ce ne serait pas surprenant puisque la Finma pose des questions sur cette affaire à la BSI depuis au moins 2013.

La Finma a aussi chargé le conseil d’administration. Mais ses membres, en particulier son président Alfredo Gysi, ne sont pas non plus nommés. La raison? “Nous ne nous exprimons jamais sur des cas particuliers”, affirme un porte-parole interrogé mercredi matin. Il n’est pourtant pas difficile de découvrir les noms des responsables visés par la simple lecture du rapport annuel de la BSI, disponible sur son site internet.

Alfredo Gysi, au contraire de Stefano Coduri, semble avoir eu l’habileté de se retirer avant que l’affaire n’éclate au grand jour. Le 15 septembre 2015, un communiqué de la BSI annonçait son retrait en tant que président du conseil d’administration en conséquence du rachat de la banque par l’établissement brésilien BTG Pactual du banquier carioca Carlos Esteves (qui sera emprisonné deux mois plus tard dans le cadre de l’affaire Petrobras – autre affaire de corruption gigantesque). Mais Gysi ne semble pas être parti sous le coup de la colère. Il est au contraire resté en bons termes avec BTG Pactual, dont il est toujours conseiller principal du groupe. Pourtant, son mandat de président ne s’achevait qu’en 2017. De même, le banquier tessinois s’est retiré du Conseil de la Banque nationale suisse sur la pointe des pieds, en prétextant l’assemblée générale de 2016.

Mais peut-être qu’Alfredo Gysi a bénéficié de la mansuétude de ses pairs. Président depuis 2012 après avoir été directeur général pendant 18 ans, il a été l’un des banquiers les plus influents du pays. Longtemps président de l’Association des banques étrangères, membre du conseil d’administration de l’Association suisse des banquiers, il a joué un rôle très en vue en se faisant l’inspirateur de « Rubik », cette formule qui devait sauver le secret bancaire alors que celui-ci était attaqué de toutes parts en 2008-2009.

Osons une hypothèse, celle d’un banquier suffisamment intelligent pour comprendre, en 2015, que son heure est finie et que, s’il veut partir la tête haute et éviter d’être traîné dans la boue, il doit anticiper les événements. On peut aussi imaginer que quelques coups de fils d’amis bien placés l’ont aidés dans cette décision difficile. Il se confirme ainsi que l’on ne vous traitera pas de la même manière si vous faites partie du club des grands dirigeants de ce pays que si vous n’avez pas les connexions qui comptent vraiment.