C’est devenu une sorte de nouveau sport national, la politique de placements de la Banque nationale suisse (BNS) est régulièrement critiquée: trop d’actions donc trop de risques; trop d’obligations souveraines allemandes donc, au contraire, pas assez de solidarité avec la zone euro qui tente de s’extraire de sa crise, etc. Pour bonne part, ces critiques traduisent l’angoisse des experts face à un portefeuille qui ne cesse d’enfler pour case d’interventions répétées sur les marchés des changes afin d’empêcher une trop forte surévaluation du franc.

La dernière critique en date a été exprimée par le blog financier américain Zerohedge et repris par un autre blog financier, suisse celui-là, SNBCHF: La banque centrale a encore acheté des actions Apple au premier trimestre, une période où le prix moyen évoluait aux alentours de 100 dollars. Elle en détenait, à la fin du 1er trimestre, 14,5 millions (pour une fortune de 1,45 milliards de dollars, donc de francs!), une progression de presque 40% depuis le niveau de la fin de l’année. Or, au même moment, le milliardaire américain Carl Icahn vendait ses actions Apple!

La BNS aurait-elle eu tout faux? Il est vrai que le titre a souffert de la publication, en avril, des chiffres au premier trimestre qui faisait état d’un tassement de la progression des ventes d’iPhones, le principal générateur de marge du géant de Cupertino. Aujourd’hui, le titre vaut à peine 94 dollars, induisant une contre-performance de 6% par rapport au cours moyen de ce début d’année.

La meilleure réponse à ces critiques est venue elle aussi des Etats-Unis avec la nouvelle, largement relayée (où sont les spins d’Apple?), notamment par le Financial Times: Warren Buffet a acheté des titres pour un milliard de dollars alors qu’il avouait il y a quatre ans ne pas savoir comment évaluer la valeur de cette société. Disons que les chiffres, comme d’habitude, sont du côté de l’oracle d’Omaha: Apple ne se traite que 10,5 fois les bénéfices attendus, ce qui est inférieur à la moyenne du marché, et dégage un rendement du dividende de 2,5%, mieux, là aussi, que la moyenne des actions des multinationales.

La BNS n’est peut-être donc pas si mauvaise qu’elle en donne l’air dans la gestion de son (gros) bas de laine. Quant à savoir si l’augmentation continue de ce dernier est justifiée, ça, c’est une autre histoire.