Les peuples des pays développés n’en peuvent plus de subir les médecines dures destinées à les extraire de la crise. Les cortèges d’austérité budgétaire, sinon d’extrême rigueur (demandez aux Grecs) ne favorisent pas la relance économique et les problèmes apparus il y a huit ans s’exacerbent: soit le taux de chômage reste accroché à des hauteurs stratosphérique, comme les 10,2% de la zone euro, soit les inégalités de revenu se creusent, comme aux Etats-Unis, où le coefficient de Gini (qui mesure l’écart entre les individus les mieux rémunérés et ceux qui le sont moins) s’est creusé depuis le début de la crise et atteint les 0,5, ce qui en fait l’une des sociétés les plus inégalitaires de l’OCDE (la Suisse est à 0,28, montrant une société moins inégalitaire).

Résultat de ces échecs, l’inflation tant désirée ne vient toujours pas. Son retour marquerait, comme les hirondelles, le retour des beaux jours de la croissance économique. Malheureusement, les statistiques ne montrent que des chiffres désespérants: -0,4% en Suisse, -0,2% dans l’Union européenne, un maigre +0,9% aux Etats-Unis. Des chiffres considérablement plus bas que le taux voisin de 2% visé par les banques centrales et que les économistes considèrent comme le bon niveau d’équilibre entre la récession et la surchauffe.

Il y a des Etats, pourtant, qui affichent des taux d’inflation nettement plus élevés: le Venezuela, avec 180,9%; l’Argentine, avec 32,9%; l’Ukraine, avec 9,8%; le Brésil, avec 9,28%. Autant de pays importants, disposant d’économies (relativement) développées, dotées d’un appareil industriel, de secteurs exportateurs et d’un grand nombre de consommateurs. Bref, des pays pas si différents des nôtres.

Comment, ces pays sont chroniquement mal gérés (comme l’Argentine)? en butte à des crises politiques intérieures (le Brésil)? de tensions avec leurs voisins (l’Ukraine)? qu’ils souffrent de la baisse des cours des matières premières (Le Brésil encore)? De plus, ils sont fort mal classés en matière de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, voire qu’ils cumulent pratiquement tous les défauts précédents (comme le Venezuela)?

Et bien la voilà, la solution.  Et c’est comme si les peuples l’avaient compris, même sans l’aide des économistes. Ils ferment les frontières, comme dans les Balkans, mettant en danger la construction européenne; ils portent aux nues des politiciens qui leur font des promesses impossibles à tenir, comme Donald Trump.

A moins qu’ils ne décident, toute réflexion faite, de revenir à un peu plus de sagesse, comme le font les Vénézuéliens, qui cherchent à destituer leur président Nicolás Maduro. Certes, leurs lampes sont éteintes faute d’électricité. Mais une inflation à trois chiffres, cela doit être le seuil de douleur à ne pas dépasser.