Depuis la vague de réfugiés de l’été dernier, l’Europe considère presque comme normal d’ériger des barrières de barbelés le long de ses frontières orientales. Et pendant ce temps, elle se plaint d’une économie atone, d’emplois qui n’existent pas et d’une croissance que Soeur Anne ne voit toujours pas revenir.

Un parti populiste (les noms diffèrent par pays) dirait ainsi: alors, si l’économie va si mal, il n’y a aucune raison d’ouvrir nos frontières. Nos emplois à nos citoyens, et les vaches seront bien gardées. Hélas, comme souvent, les populistes savent mettre le doigt là où ça fait mal mais leurs solutions sont à côté de la plaque. Accueillir des réfugiés, beaucoup de réfugiés, non seulement cela ne menace pas l’emploi en Europe, mais ça le stimule. Mais évidemment, dire les choses comme cela, cela coûte des voix.

Un réfugié, une famille de réfugiés, a d’abord besoin d’accueil, d’encadrement, de soins, de locaux. Des tâches, des infrastructures assurées par des professionnels locaux. Donc des dépenses, financées par les pouvoirs publics, donc par le contribuable. Mais au bénéfice de qui? Des salariés, essentiellement des locaux; des entreprises de construction, locales elles aussi; des sociétés chargées de l’exploitation et de la surveillance des lieux, locales elles aussi.Donc: bon pour l’économie locale.

Un réfugié, une fois accueilli, soigné, à qui l’on a appris la langue, les moeurs du pays d’accueil, voudra travailler, il n’y a pas pire impression que de se sentir inutile et à la charge de la société (quelques dealers mis à part, mais c’est une autre histoire). Certains d’entre eux n’ont guère de formation que l’élevage de chèvres dans le désert. Mais la plupart d’entre eux ont des cursus fort honorables d’ingénieurs, médecins, artistes, gens de lettres, économistes, comptables. Autant de gens qui apportent leur savoir-faire et qui, une fois confortés dans leur rôle, osent prendre des risques et se lancent en indépendants. Voire fondent des entreprises. Qui embaucheront de bons et vrais travailleurs locaux. Lesquels seraient peut-être restés, faute de quoi, au chômage.

Enfin, ces réfugiés, une fois la paix revenue dans leur pays (mettons, la Syrie), chercheront à y rentrer pour reconstruire. Et s’ils ne le font pas, ils y apporteront capitaux et savoir-faire. Et d’où tireront-ils leurs ressources? De leur pays d’accueil, celui où ils ont appris des méthodes de travail nouvelles, où ils ont tissé des liens, des réseaux. Et pourront donc apporter dans leur pays d’origine savoir-faire, matériaux, machines de leur pays d’accueil. Qui en verra sa propres activité économique soutenue et accélérée.

Calembredaines que tout cela? Ce n’est pas ce que la Banque mondiale a constaté au Liban, un pays où pourtant près d’un habitant sur quatre est un réfugié syrien. L’économie y croît à 2,5% (Suisse: 0,8% en 2015) et chaque augmentation du nombre de réfugiés y stimule l’économie.

Plus proche de nous en Europe, la Suède a fait le même constat, ainsi que l’a constaté l’auteur de ce blog lors d’une visite à Stockholm en novembre dernier: Aux quelque 3% de croissance de ce pays, les nouveaux arrivants contribuent à ,05% à 1% de croissance supplémentaire.

Mais que vaut la croissance si nous sommes submergés par une islamisation rampante, voire violente, de la société, comme certains pourraient le craindre, surtout après les attentats de Paris et de Bruxelles? Face aux émotions, sortons encore une fois des chiffres: les Syriens sont 22 millions; les Afghans 30 millions; les Erythréens (dont une bonne par est chrétienne orthodoxe), 6 millions. En admettant que TOUS viennent en Europe, cela ferait 58 millions de personnes. Un nombre élevé certes, à peine inférieur à la population de la France (66 millions). Mais par rapport à la population européenne, cela reste bien faible. De l’Atlantique aux frontières de la Russie, nous sommes 600 millions. Dix fois plus. Pour l’islamisation, donc, on passera. Et ouvrons nos frontières.