Qui connaît de Dakota du Sud? Cet Etat des Grandes Plaines, entre Missouri et Collines Noires, est avant tout connu pour les statues géantes du Mont Rushmore, son gaz de schiste, ses tornades et un épisode des aventures du héros de bande dessinée Lucky Luke. Mais il a su développer un charme bien caché que de grandes familles fortunées, américaines ou étrangères, ont appris à apprécier depuis fort longtemps, le “dynasty trust”.

Comme les trusts des autres juridictions, la version locale permet à ses bénéficiaires de minimiser leur facture fiscale (sinon de la faire disparaître). Mais elle a un atout supplémentaire: les familles peuvent les contrôler elles-mêmes sans passer par un trustee bancaire. Elles peuvent aussi réaffecter l’usage de la fortune du trust, ce qui n’est en principe pas possible ailleurs.

Cette formule est fort appréciée, notamment par la famille Pritzker, héritière du promoteur ayant créé le fameux “Prix Nobel d’architecture”. Ou encore les héritiers Dillon, de l’ex-banque d’affaires Dillon Read, intégrée aujourd’hui dans UBS. Ou encore la famille Carlson, qui détient une part importante des hôtels Radisson et des restaurants TGI Friday. Etc. En tout, les trusts du Dakota du Sud concentrent une fortune de 121 milliards de dollars fin 2014. Plus étonnant encore, raconte l’agence Bloomberg: cette fortune a triplé depuis 2010. Juste après l’effondrement d’un certain secret bancaire suisse. Mieux encore, en un an, elle a pratiquement doublé à 225 milliards!

Le Dakota du Sud n’est certainement pas le seul Etat fédéré des USA à jouer de l’opacité fiscale pour attirer les grandes fortunes de la planète. Mais il gagne à être bien plus discret que ces places fortes de la fraude que sont la Floride, le Nevada, le Wyoming ou encore l’Arizona, telles que les a décrite une autre dépêche de l’agence Bloomberg en janvier dernier, et qui font des Etats-Unis le dernier paradis fiscal à la mode, faute de réciprocité dans l’échange d’informations, situation que dénonce l’ONG Tax Justice Network.

Mais croyez-vous sincèrement que le gouvernement américain va intervenir pour mettre fin à ce nouveau scandale? Qu’il va pieusement s’aligner sur les normes de l’OCDE, qui prévoient l’échange automatique d’informations réciproque entre Etats souverains? Qu’après avoir fait plier la Suisse, le Luxembourg et la Terre entière (sauf la Chine, n’exagérons rien), ils donneront à leur tour suite aux pressions des autres pays?

Les parlementaires américains manifestent une nouvelle prise de conscience, estime la patronne de la diplomatie financière du Liechtenstein, selon “Le Temps”. Disons que s’il ne fallait que des réunions internationales pour leur ouvrir les yeux, nous vivrions dans un univers de bisounours. Hélas, cela fait fort longtemps que le rôle des Etats-Unis dans la fraude fiscale internationale est au centre de l’une de ces batailles sans merci qui  font rage dans le “Beltway”, le petit monde de parlementaires, hauts fonctionnaires et lobbyistes de Washington.

En 2012, en pleine campagne présidentielle, Heather Lowe, de l’ONG  Global Financial Integrity, au centre de la capitale américaine, nous racontait ses espoirs de voir la énième tentative du sénateur démocrate Carl Levin venir (enfin) à bout de la forteresse. Las, Carl Levin s’est retiré deux ans plus tard. Depuis lors, le Congrès est dominé par les républicains, un parti peu enclin à céder aux autres pays. Et si leurs couleurs sont effectivement portées par Donald Trump, on n’imagine guère les Etats-Unis répondre favorablement aux sollicitations des autres pays pour se conformer aux règles internationales.

Sans tomber dans une excessive grossièreté, c’est plutôt une sonore expression commençant par un sec f…  off que le monde risque d’entendre.