C’est l’un des grands mystères nés des suites de la crise financière de 2008 et de celle des dettes souveraines en 2011: pourquoi, en dépit des tonnes de liquidités déversées sur le système financier par les banques centrales, n’a-t-on pas encore subi d’inflation? C’est même le contraire qui se manifeste aujourd’hui dans les pays développés, une baisse des prix des produits à la consommation. La hausse des cours s’était déplacée vers l’immobilier, les actions, les obligations et les matières premières. Jusqu’à l’automne 2014.

Depuis lors, c’est à un effondrement lent, mais constant qu’assiste, médusée, la planète finance. D’abord, le pétrole, suivi des autres matières premières comme les métaux. Puis, dès l’été 2015, les actions. L’immobilier hésite encore, tiraillé entre des niveaux de valorisation encore attractifs dans certains pays, qui tirent les prix vers le haut, et les mesures contre l’excès de crédit prises dans d’autres contrées (comme la Suisse). Les obligations résistent, soutenues par les taux d’intérêt négatifs et par la recherche de valeurs “sûres”.

Combien de temps ces “valeurs refuge” résisteront-elles? Cela est un mystère encore plus grand que celui de la chute des valeurs bancaires sur les marchés boursiers de cette mi-février. Mais le mouvement entamé voici 18 mois semble dicté par une logique profonde, celle d’une vaste déflation: une chute de valeur provoquée par la révision à la baisse de toutes les attentes de profits futurs de la part des agents économiques. Pour faire simple, ils croyaient l’ère des profits rapides revenue après la secousse des crises de 2008 et de 2011. Ces attentes sont aujourd’hui déçues.

Ce n’est pas le schéma classique de l’explosion de la bulle financière. Pour la simple raison que la hausse des cours des années 2012 à 2014 ne s’est pas construite sur le crédit, contrairement à celle des subprime, mais sur l’apport constant de nouvelles liquidités produites par les banques centrales pour relancer la machine économique. Or, ces dernières montrent qu’elles n’ont plus la même bonne volonté qu’avant. La Fed a relevé d’un quart de point ses taux d’intérêt et dit qu’elle va continuer. La Banque du Japon a emboîté le pas à la BNS et aux banques nationales suédoise et danoise en instaurant des taux négatifs. Dans les deux cas leur message est clair: le temps des indulgences est terminé.

Or la conjoncture, sur laquelle se fondent tous les espoirs d’augmentation des profits, ne se montre pas à la hauteur des attentes. Est-ce faute à un manque persistant de tonus? Ou à des attentes irréalistes? Le fait est que tous les efforts monétaires n’ont pas produit les effets escomptés, d’où la révision à la baisse, massive des valeurs.

Et ce n’est peut-être que la première étape. Des peuples appauvris et privés d’espoir peuvent prendre les pires de décisions, comme celles de s’enfermer derrière des frontières toujours plus hautes. En ce début 2016, le constat est vraiment très pessimiste.