Encore quelques banques, et pas des moindres, ont réussi à s’extraire du guêpier américain dans lequel des années d’insouciance et d’arrogance les avait fourrées. Julius Bär, troisième gérant de fortune du pays, s’en tire moyennant une pénalité de 547,3 millions de dollars, une fois et demie son bénéfice net 2014. Lombard Odier, deuxième banque privée suisse, obtient l’absolution moyennant le paiement de 99,8 millions de dollars, près de 80% de son résultat 2014.

La facture devient vraiment élevée pour les banques suisses: Les 75 établissements en catégorie 2 (dont Lombard Odier) – qui n’étaient pas sûre de ne rien avoir à se reprocher mais ne faisaient pas encore l’objet de poursuites américaines – doivent verser plus de 1,1 milliard de francs à Washington. Ce qui n’est finalement pas grand-chose au vu de la fortune que doivent céder les banques de la catégorie 1 (dont Julius Bär) – qui font l’objet de poursuites aux Etats-Unis – laquelle dépasse, si l’on inclut l’amende de 780 millions honorée par UBS en 1009, les 4,6 milliards!

En tout, ce sont donc plus de 5,7 milliards de dollars (même somme en francs) concédée par la place financière suisse à l’administration et à la justice américaines. Et ce n’est pas fini: près d’une vingtaine de banques de catégorie 2, et un peu moins d’une dizaine de banques de catégorie 1 doivent encore finaliser leurs discussions avec Washington.

A combien risque de s’élever l’amende finale? risquons une règle de trois. Les 75 banques de la catégorie 2 ont payé individuellement en moyenne 15 millions de dollars. Si l’on multiplie cette somme par 20 banques restantes, l’on arrive à 300 millions de dollars, portant le total des amendes payées par la bonne centaine de banques de cette catégorie à 1,4 milliard. La catégorie 1 est évidemment beaucoup plus aléatoire à déterminer. Mais poursuivons avec notre règle de trois: En moyenne, chacune des cinq banques (y compris UBS) a honoré 923 millions. Multiplié par 9 (le nombre d’établissements restants), l’on arrive au montant fantastique de 8,3 milliards! Le résultat final sera sans doute bien inférieur. Si l’on exclut UBS et Credit Suisse du calcul, le total devrait plutôt avoisiner 3 milliards de dollars (340 millions payé par chaque banque en moyenne, multiplié par 9).

L’un dans l’autre, le total final pourrait donc avoisiner 9 milliards de dollars: 1,4 milliard pour les banques de la catégorie 1 et 7,6 pour les autres. Et l’on n’inclut même pas les amendes payées, ou à payer dans les autres pays comme la France (où UBS a dû payer une caution de 6 milliards d’euros) et l’Allemagne.

Ce sont donc des années de profits tirés de l’exploitation de l’évasion fiscale qui se trouvent ainsi balayés. Combien? Hasardons un calcul de coin de table.

Les fortunes américaines (déclarées ou non) gérées par les banques suisses déjà sanctionnées avoisinaient 63 milliards de dollars: 30 milliards dans les 75 banques de la catégorie 2 et une trentaine dans celle des autres catégories. Le total final sera certainement bien plus élevé. La marge opérationnelle de ces banques avoisinait officiellement 1% de la masse sous gestion, mais s’élevait plutôt (soyons conservateurs) 2%.  Elle pouvait atteindre 4%! Si l’on garde le chiffre de 2%, les profits annuels bruts tirés par les banques sanctionnées sur les fortunes américaines déposées chez elles atteignaient donc 1,2 milliard.

Le total des pénalités déjà annoncées représente donc 4 ans et trois trimestres de profits opérationnels des banques de gestion de fortune, que ces bénéfices aient été tirées de fonds déclarés ou non. Le Trésor américain peut donc se réjouir: il a capturé près de 5 ans de marge bancaire suisse. Et ces dernières, qui ont, en plus, livré des milliers de noms de clients et de leurs propres salariés à Washington, peuvent ainsi se targuer d’avoir vraiment bien  oeuvré pour combler le trou des finances publiques d’outre-Atlantique. Beau boulot.