Depuis la fin du cours plancher, les voix se multiplient pour exiger une limitation des pouvoirs des dirigeants de la Banque nationale. Que trois personnes seulement puissent prendre une décision aussi lourde de conséquences, surtout au pays du consensus et du compromis, cela ne passe pas. Et pourtant, une initiative populaire exige maintenant juste le contraire. A tort.

L’initiative dite “pour une monnaie pleine” veut conférer à la BNS les pleins pouvoirs en matière de création de monnaie. Les banques commerciales n’auraient plus la faculté, contrairement à aujourd’hui, d’accorder des crédits ex-nihilo, pour autant qu’elles jouissent d’une situation saine. Elles se transformeraient en simples agents redistributeurs de moyens de paiements générés par une instance monopolistique, la BNS.

Cette idée est défendue par tous ceux qui ont été choqués de la légèreté avec laquelle les banques commerciales s’étaient lancées dans une bulle de crédit dans les années 2000, laquelle a abouti, on le sait, à la crise financière de 2008 et ses lourdes conséquences. Ces mêmes personnes estiment que les mesures prises depuis lors par le FMI, le Comité de Bâle pour le contrôle bancaire et les gendarmes financiers internationaux, comme le relèvement des fonds propres minimaux, l’interdiction d’activités de courtage en nom propre ou les procédures de démantèlement en cas de faillite, ne leur suffisent pas.

Il est bien clair que les banques commerciales continuent de présenter des risques élevés pour l’économie mondiale. Mais leur retirer tous les pouvoirs de création de monnaie pour les conférer à une instance unique ne va pas dans le sens d’une meilleure protection contre les crises futures. La concentration des pouvoirs fait poser un risque au moins aussi élevé, celui que l’instance en question se trompe dans ses calculs et ses prévisions et que l’économie entière en paie les conséquences, soit par de l’hyperinflation en cas d’offre excédentaire de monnaie, soit par récession dans le cas de figure contraire. Et dans toutes les situations, la création de monnaie manquerait de souplesse pour répondre aux inévitables accélérations et ralentissements de la marche des affaires.

La direction de la BNS est déjà trop concentrée, trop critiquée pour se voir offrir des prérogatives aussi énormes. Avant de réformer le système du crédit, revoyons les procédures de prises de décision de la banque centrale, pour lui conférer plus de crédibilité et de transparence.