Les diamants sont éternels. Pas les banques privées. Ce qui paraît évident a toutefois été combattu avec résolution par tout ce que la Suisse financière compte de banquiers privés, à commencer par les plus éminentes familles genevoises. Combien de fois n’ont-elles pas vanté leur longuissime histoire pétrie de siècles!

Et pourtant une banque privée a été mise en faillite fin octobre, la zurichoise Hottinger, sur ordre de la Finma. Abattue par les contentieux, au premier rang desquels l’on peut fortement soupçonner le programme américain, à quoi une centaine de banques suisses tente d’échapper au prix d’amendes plus ou moins salées. Bien sûr, Hottinger n’était plus, techniquement, une société de personnes au sens strict, depuis 2010. Mais cette nuance ne trompe personne, les patrons n’avaient pas changé.

Il faut au moins remonter aux années 1970 et la retentissante – pour l’époque! – faillite de a banque genevoise Leclerc, emportée par la spéculation financière de son patron, pour trouver un équivalent depuis la guerre. Depuis lors, il y a eu des fusions, des absorptions, des rachats, et il y en aura encore. Mais la faillite reste une tache indélébile  sur la réputation de solidité et de fiabilité que la profession tente de plus difficilement de cultiver. Une tache de plus, après celles liées au secret bancaire et à son effondrement, aux affaires de blanchiment d’argent et d’opérations plus ou moins louches avec des criminels russes.

C’est évidemment dur à avaler pour des banquiers autrefois privés très imbus de leurs personnes. Mais de ce sentiment, tout le monde se moque. Ce qui compte, c’est que ces « maisons », comme elles plaisent à se désigner avec beaucoup de pédanterie, se banalisent. Elles ont été sanctionnées par la justice américaine, allemande ou française comme n’importe quel établissement de bas étage. Elles se sont transformées en vulgaires sociétés de capitaux, pour que leurs patrons n’aient plus à payer personnellement des conséquences de leurs errements. Et maintenant, elles tombent en faillite. Il est plus que temps de faire disparaître un statut définitivement obsolète, sauf à jeter de la poudre aux yeux.