L’élection à Genève du PLR Benoît Genecand vient renforcer un lobby qui compte dans la cité de Calvin, celui des banques. L’ancien directeur d’UBS à la Corraterie viendra épauler dès décembre ces défenseurs certifiés de la place financière que sont les avocats Christian Lüscher (même parti) et Yves Nidegger (UDC) ainsi que Céline Amaudruz (UDC elle aussi), gérante de fortune chez UBS Wealth Management.

Il en va de même dans les autres cantons à la représentation bancaire établie. Le PDC lucernois Konrad Graber, grand soutien du projet « Rubik » (une proposition alternative des banques qui ne voulaient pas de l’échange automatique d’informations fiscales, et qui a finalement été retiré) n’est certes pas encore réélu au Conseil des Etats, mais il a fait un très bon résultat dans son canton de Lucerne. L’élection, aux Grisons, de Magdalena Martullo Blocher n’amènera certes pas sous la Coupole une nouvelle banquière, mais une femme entrepreneur aux positions fort bien connues. Le brillant résultat de Roger Köppel à Zurich, rédacteur en chef de la « Weltwoche », va donner un appui supplémentaire.

La puissance de feu des banques va donc se renforcer aux Chambres pour les quatre ans à venir. Exit, donc, les divers durcissements législatifs et réglementaires de ces dernières années qui ont été vécus par la place financière comme une antichambre de l’enfer? Le Parlement, pour le moins, se montera plus « compréhensif » sur des dossiers comme l’échange d’information fiscale, les exigences de fonds propres ou le renforcement de la surveillance des grandes sociétés de courtage comme Glencore et Trafigura. Emblématique de cette tendance serait une éjection d’Eveline Widmer-Schlumpf du Conseil fédéral, elle qui porte la « faute » d’avoir donné l’estocade au secret bancaire.

Mais la marge de manoeuvre des Chambres est très limitée dans ce domaine. La Suisse a appris dans la douleur ce qu’il en coûte à cultiver des particularismes que ses voisins jugent exagérés. Tous les durcissements réglementaires ont été décidés soit par des pays étrangers (USA, UE), soit des organismes internationaux (OCDE, etc.) qui leur servent de relais. Et l’un des meilleurs gendarmes reste la Banque nationale, soucieuse de préserver la place financière d’une nouvelle crise.

Aussi, la « grande  » réglementation, celle qui détermine les niveaux de transparence fiscale ou les exigences de fonds propres, ne devrait pas être affectée par le renforcement du lobby bancaire au Parlement, sinon à la marge. En revanche, les consommateurs risquent d’en faire les frais. Leurs défenseurs se sont affaiblis et ils ne peuvent guère compter sur des pressions internationales pour obtenir gain de cause.