Un géant. Physiquement d’abord. Mais, surtout, intellectuellement. A la macroéconomie, thématique complexe par excellence, où les concepts peu accessibles le disputent au jargon impénétrable, il savait donner du sens. Et bien plus que du sens: de la lumière. En sortant d’une discussion avec lui, on se sentait plus intelligent, mieux armé pour affronter les défis du moment, sans jamais se sentir abaissé par sa puissance intellectuelle.

Cet homme, Andreas Höfert, nous a hélas quitté. Soudainement, mardi 6 octobre, à New York, métropole où ce Genevois formé à Saint-Gall avait ré-élu domicile voici quelques mois après un séjour en Suisse.

Dans un domaine, la macroéconomie, où la concurrence en matière d’explications est extrême, Andreas Höfert s’est distingué par la clarté et la pertinence de son propos, souvent engagé. Et surtout, par son indépendance. Quitte à dévier de la vision officielle de la banque, voire à la mettre quelque peu dans l’embarras. Ferme défenseur de la création d’un fonds souverain avec une partie des réserves de devises accumulées par la Banque nationale, il a mis UBS en porte-à-faux avec l’institution qui l’a sauvée il y a sept ans.

Il y avait bien sûr parfois un petit côté manipulateur dans certaines de ses explications, dans le sens de certains intérêts de son employeur. Il ne faut pas (toujours) cracher dans la soupe. Mais c’était toujours avec un sourire (ironique) bienveillant, presque une invitation lancée à son interlocuteur de ne pas prendre tout ce qu’il disait pour argent comptant.

L’auteur de ces lignes a eu de très nombreuses occasion d’échanger des idées avec Andreas Höfert, qui s’est montré d’une rare disponibilité, même lorsqu’il était en voyage (ce qui arrivait très souvent). Il adresse à son épouse et ses proches ses sincères condoléances.