Difficile de remettre en cause une icône nationale. Dans un premier temps , on n’ose pas. Dans un second temps, lorsque les motifs sont trouvés, on ne sait pas comment les articuler. C’est ce qui arrive maintenant au franc et à son instance responsable, la Banque nationale suisse.

Tombée de son piédestal à la suite de sa renonciation au cours plancher le 15 janvier dernier, l’institution est aujourd’hui la cible d’attaques politiques répétées. Un débat sur les conséquences du franc fort est prévu aux Chambres fédérales lors de la session de septembre 2015 à propos de sa politique monétaire. Un autre s’était déjà tenu en mars dernier. Malheureusement, ses critiques se trompent de cible.

Selon la NZZ, les partis fourmillent d’idées pour aider les entreprises ou créer de nouvelles subventions. Le PLR veut réduire les coûts liés à l’accroissement de la réglementation; l’UDC exige une dérégulation et un gel des dépenses publiques; le PDC propose la création d’un « M. Régulation » à l’image de M. Prix; les Verts veulent augmenter les aides à l’assainissement des immeubles; le PS appelle à la création d’un fonds de 2 milliards pour aider les PME; etc., etc.  Bref, ça sent les élections.

Hélas, aucun parti ne relance le débat fondamental, à savoir comment les décisions sont prises à la BNS. Pourquoi des décisions aussi essentielles pour la prospérité suisse que le taux de change souhaité avec l’euro ou le dollar, le niveau d’inflation visé et le prix de l’argent sont prises par trois personnes seulement, en toute opacité.

La BNS a certes accumulé nombre de succès lors de sa centenaire histoire. Mais elle a aussi commis de graves erreurs qui ont coûté cher à la Suisse: hyperinflation en 1918; refus dogmatique de toute dévaluation dans les années 1930; expansionnisme monétaire exagéré après le krach de 1987 suivi d’une période exagérément longue de taux d’intérêt punitifs en 1994-95 qui ont retardé la reprise  économique; maintien exagérément long du cours plancher introduit dans la précipitation en 2011.

Bref, elle doit se moderniser comme l’exigent plusieurs parlementaires à Berne: élargir son directoire de trois à cinq ou six personnes, publier les minutes de ses décisions après un délai de quelques semaines, institutionnaliser un rendez-vous avec les Chambres pour s’expliquer sur sa politique. Exactement comme le font la Fed, la BCE, la Banque d’Angleterre, avec qui elle collabore pourtant étroitement.

Il est vrai que ce sont des sujets extrêmement sérieux, qu’il vaut mieux aborder après les élections. Entre-temps, le département fédéral des Finances doit fournir un rapport sur le franc suisse d’ici la fin de cette année. Ce sera la vraie base de discussion.