Comme tout bon tremblement de terre, la violente secousse boursière du lundi 24 août est suivie se ses répliques. Marchés en hausse le lendemain, en baisse le jour suivant, et ainsi de suite. Il faudra du temps pour que les intervenants trouvent de nouvelles zones d’équilibre. Ou, du moins, acquièrent la conviction de les avoir atteintes. Mais nombre de questions restent ouvertes.

  1. L’emballement est venu de Chine. Vraiment? Certes, le noeud du problème est à Shanghai et Shenzhen, les deux principales places boursières. Mais elles sont en forte baisse depuis fin mai. Elles ont perdu, depuis, plus de la moitié de leur valeur boursière sans que le reste du monde ne s’en émeuve. En réalité, ce n’est que lorsque la panique a franchi la frontière pour atteindre Hongkong et Tokyo dans la nuit de dimanche à lundi que les esprits se sont alarmés. Alors, bien sûr, les marchés ont réagi à la longue succession d’informations témoignant d’une dégradation de la conjoncture chinoise. Mais au plan boursier, Shanghai est-elle déjà en position de dicter le ton ou cette fonction ne reste-t-elle pas dévolue à des centres plus développés et plus matures?
  2. Le krach a reflété l’inquiétude croissante des acteurs. Vraiment? En fait, le site Zerohedge a constaté une succession impressionnante de mini-flash-krachs, ces effondrements brutaux de cours entraînés par les traders à très haute fréquence. Ces derniers, qui emploient des logiciels de trading réagissant à la moindre impulsion à la milliseconde, ont joué un rôle central dans l’effondrement de lundi, forçant les plate-forme de négoce boursières à activer un très grand nombre de fois leurs dispositifs de blocage. Dans quelle mesure les marchés ne se sont-ils pas laisser manipuler ce fameux lundi noir? Le seront-ils encore la prochaine fois?
  3. La situation a été sauvée grâce à la résilience des bourses américaines. Vraiment? L’optimisme est revenu après que le Dow Jones, le Standard & Poor’s et le Nasdaq, les trois principaux indices américains, ont montré qu’ils ne plongeaient pas comme leurs équivalents asiatiques et européens. Et les analystes de gloser sur la force de la reprise américaine, qui induit des attentes bénéficiaires accrues de la part des entreprises, ce qui justifie le maintien de prix élevés. Peut-être (cette question sera abordée plus bas). Mais ce qui est étrange, c’est que les fonds spéculatifs qui ont fui les émergents (Turquie, Brésil, Afrique du sud, etc.), très endettés et fragilisés par la crise chinoise, ont choisi l’euro, et donc l’Europe, comme destination refuge. La monnaie unique s’est donc appréciée face au dollar. Les Etats-Unis sont-ils vraiment le dernier secours?
  4. L’avenir est-il vraiment américain? Une lecture rapide des indicateurs de conjoncture le laissent penser: croissance au double de celle de la zone euro, entreprises prospères, réindustrialisation, absence de crise grecque… un tableau général complété d’une perspective réjouissante pour les détenteurs d’actions, la perspective d’une hausse des taux d’intérêt, qui incite les détenteurs d’obligations à se redéployer au plus vite vers les actions. Mais c’est oublier que celles-ci sont déjà extraordinairement chères: elles se payent près de 17 fois les bénéfices attendus ces 12 prochains mois contre une moyenne historique de 15 fois. En fait, le principal moteur de la hausse n’est pas enrayé: les banques centrales sont toujours aussi accommodantes, elles continuent d’inonder les marchés financiers de liquidités bon marché. La banque centrale chinoise s’est jointe au club en abaissant son taux de référence de 0,25% au lendemain du krach.
  5. Le lundi noir n’est-il qu’un simple accident ou début de la fin? C’est la question à un million de points d’indice boursier. Le plongeon du 24 août a été le plus violent depuis septembre 2008 au lendemain de la faillite de Lehman Brothers. Mais il n’a duré qu’un jour. En octobre 2014, les marchés d’action ont davantage baissé. Mais c’était réparti sur plusieurs jours, ce qui en atténué l’impact psychologique. Le fait est que les actions restent très chères. Elles sont donc exposées à de nouveaux plongeons. Ceux-ci pourraient devenir sans cesse plus violents à mesure que l’on s’approche du jour fatidique où les banques centrales annonceront la fin de leurs largesses.