Les moyens de paiements virtuels se multiplient. Les cartes de crédit et de débit peuvent désormais payer sans contact direct avec une machine. Et elles se dématérialisent, notamment lorsque l’on paie sur internet. Et que penser du bitcoin dont les transactions se font par téléphone portable? La technologie du blockchain que la monnaie virtuelle a engendrée sera bientôt appliquée aux paiements en bonne vieille monnaie classique. Nous allons tout droit vers la cashless society, la société sans liquide, réclamée par quelques grands économistes américains dont Lawrence Summers au nom de l’efficience et de la lutte contre la fraude.

Mais, en Suisse, on en est encore très loin. En dépit de la multiplication de ses cartes et machines, le pays se traîne dans le gros du classement des pas développés. Les pays nordiques, toujours pragmatiques et à la pointe, mènent le jeu. On l’a vu, le Danemark et la Suède souhaitent que les petits commerces ne soient plus obligés d’accepter billets et pièces au nom de la chasse aux coûts. Un de leurs voisins est encore plus avancé dans ce processus, l’Islande. Isolée tout au nord de l’Atlantique, frappée de 6 mois d’hiver, l’île grande comme un quart de la France et peuplée comme un canton helvétique moyen a fait du paiement électronique une solution universelle.

Du restaurant de Reykjavik, la capitale qui concentre 2/3 de la population du pays à l’hôtel perdu dans un fjord isolé, du taxi au refuge perdu au milieu des hauts plateaux glacés du centre de l’île, tout se fait par carte. Chaque institution est dotée de son lecteur. Même l’entrée des WC de ce haut lieu touristique qu’est l’imposante cascade de Gullfoss. En Suisse, on en est encore à se battre avec X systèmes différents et pas toujours compatibles entre eux. Essayez de payer votre parking sur les quais de Lausanne et on ne vous accepte pas votre carte de débit. Tentez d’entrer dans les toilettes d’une gare et on ne vous y acceptera que doté des bonnes pièces de monnaie!

La perspective d’une société purement sans cash est évidemment discutable. Même s’il pouvait régler tous ses achats par voie électronique, votre serviteur a apprécié d’avoir quelques couronnes au fonds de sa poche lors de son séjour islandais cet été, déjà rien que pour faire face à la toujours possible panne de système. Mais la généralisation des moyens de paiement électroniques pour tout type de dépense, et surtout l’intégration générale et absolue de tous les systèmes est une nécessité impérative. Que l’on installe, aujourd’hui encore comme à Nyon, des parcmètres qui ne prennent que les cartes de crédit et refusent les cartes de débit est un anachronisme indigne d’un pays aussi avancé que la Suisse.