Quel étrange bulletin de vote que celui qui sera soumis aux électeurs grecs dimanche 5 juillet. Sa traduction donne ceci: « Est-ce que le plan qui a été soumis par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international lors de l’eurogroupe du 25.06.2015 et qui constitue deux parts constituant une proposition unique doit être accepté? Le premier document est intitulé « Réformes pour l’achèvement du présent programme et au-delà » et le second « Analyse préliminaire de la soutenabilité de la dette« . »

Une telle formulation a de quoi dérouter même des Suisses habitués aux questions tordues de leurs quadriennales votations. Alors, que penser du pauvre Grec, à qui l’on ne demande son avis que lors des élections?

Mais surtout, elle livre une idée de ce que semble être la réalité de la politique dans ce pays. Un observateur tel votre serviteur, qui ne connaît de la Grèce que ce qu’il en lit, pensait naïvement que lorsque le gouvernement engageait un processus de réformes sous la pression extérieure prenait des décisions, les mettait en oeuvre et pouvait en présenter le résultat à ses créanciers et partenaires.

Au lieu de cela, que voit-on? Une politique au verbe très haut, aux passions résolues et aux résultats concrets maigrissimes. Que ce soit du fait du Pasok, des conservateurs ou de Syriza. Confrontés depuis plus de 5 ans au besoin impérieux d’agir, les responsables politiques hellènes paraissent avoir perdus tous leurs moyens.

Dès le début, l’UE leur a demandé de créer une fiscalité moderne avec des outils à la hauteur. Des bataillons d’employés du fisc retraités, avant tout allemands, seront précipités à Athènes pour donner un coup de main. Et ce qui a été fait, c’est de photographier les piscines illégales pour les taxer et d’introduire des taxes absurdes comme celle sur l’électricité. Des mesures spectaculaires mais sans lendemain. Ou de se lancer tête baissée dans d’absurdes programmes de privatisations sans réfléchir à ses conséquences sur le développement du pays. Est-ce qu’Athènes a seulement cherché sérieusement à fiscaliser ses ultra-riches? Même pas. La proposition de la Suisse d’introduire un échange automatique d’informations n’a fait l’objet que d’un seul contact officiel, sans suite…

Les beaux esprits européens qui exigent la « solidarité avec le peuple grec » contre « les institutions » ont beau jeu de dénoncer des exigences « néolibérales » qui « étranglent le peuple grec ». Mais qui sont les naïfs, sinon ces mêmes beaux esprits? Certes, l’UE, le FMI et la BCE ne sont pas des enfants de choeur. Ils ont aussi commis leurs erreurs. Mais la première responsabilité, c’est celle des gouvernements grecs successifs, qui se sont égarés dans des mesures absurdes et des dérives verbales toujours plus grandes au lieu de mener des réformes de bon sens pour créer un Etat à la hauteur de ses partenaires.

Souhaitons que les Grecs votent « oui » dimanche. Dans le cas contraire, leur sortie de la zone euro soulignera combien ils ne veulent pas que leur pays soit à la hauteur de ses partenaires.