La Grèce n’est pas encore formellement sortie de la zone euro et un mince fil la retient encore à la monnaie unique. Mais le 28 juin 2015 restera-t-il dans les livres d’Histoire comme l’écho lointain du 28 juin 1914, comme le redoute Lawrence Summers? Il y a 101 ans, l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc d’Autriche Ferdinand déclenchait le mécanisme débouchant sur le déclenchement de la Première guerre mondiale. Aujourd’hui, c’est à Bruxelles que l’assassinat a eu lieu, les négociations dites de la dernière chance pour la Grèce.

On est très loin – espérons-le – du déclenchement d’un mécanisme aux conséquences aussi dramatiques qu’il y a un siècle. Mais la rupture des négociations samedi soir et l’annonce d’un référendum grec sonne comme un tournant majeur, aux conséquences nettement plus lourdes que le lâchage d’un pays par ses partenaires, une nouvelle crise financière, voire le début d’un éclatement de la zone euro.

La faillite de Lehman Brothers en 2008 et ses conséquences avaient marqué la fin de l’ère de la toute-puissance de la finance-casino et la reprise en main du destin de l’économie par le politique. Le système avait été sauvé par les banques centrales et les Etats, qui se sont évertués, pas toujours très efficacement, à remettre de l’ordre dans le système.

Ce momentum, les Etats sont en train de le perdre définitivement avec le Grexit qui s’annonce. La crise grecque, on le sait depuis longtemps, n’est plus vraiment une affaire financière. Les créanciers d’Athènes sont à plus de 90% les institutions publiques – pays partenaires de la zone euro, FMI, Banque centrale européenne. Les banques commerciales n’en détiennent plus qu’un petit solde. Tout le contraire de la situation de 2010, où les proportions étaient inverses. Le risque n’est donc plus gère une contagion bancaire – croisons-nous les doigts.

Or, les politiques, devenus au fil des plans d’aide les principaux créanciers de la Grèce, ont oublié ce pour quoi ils ont été élus, assurer la prospérité pour tous, pour s’enfermer dans leur « cœur de métier », la négociation. Pour la pousser à la limite la plus extrême, au risque que cela casse. Et c’est ce qui est en train de se produire sus nos yeux.

De pompiers, les hauts responsables gouvernementaux des finances, le FMI, les banques centrales, en bref tous ceux qui étaient venus au secours du système financier international, sont en train sous nos yeux de faire exploser à leur tour un système qu’ils ont eu tant de peine à sauver. Leur échec risque de livrer la planète finance aux plus sauvages débordements, un gigantesque retour de balancier que l’on ne croyait pas venir aussi tôt, de manière aussi absurdement maladroite. Comme en 1914.