Pour une fois qu’elle voulait aborder un autre sujet de discussion et de débat que les habituelles récriminations contre la réglementation croissante ou la disparition du secret bancaire! Chaque année début juin, l’Association suisse des banquiers convie les journalistes économiques à deux jours de discussion à l’hôtel Bellevue de Berne (un palace) sur un thème du moment. Son choix, cette année, s’est porté sur l’utilisation par les banques des technologies de l’information, que l’on appelle en jargon les fintechs.

C’est le sujet en vogue du moment. La Suisse s’émerveille de tous ces systèmes de paiement par téléphone portable, d’applications bancaires sur téléphone intelligent, de multiplication des canaux électroniques entre les banques et leurs clients, voire de “community” autour de la banque. Les séminaires spécialisés se multiplient, les start-ups fleurissent et le premier incubateur, Fusion, a été créé à Genève en février sous l’impulsion de Temenos, un géant de l’informatique bancaire, et de Polytech Ventures, société de capital-risque basée à l’EPFL. Il trouvera bientôt son pendant à Zurich sur le futur techno-park de Dübendorf. Sous l’impulsion de la bourse suisse SIX, de l’UBS et de la Banque cantonale de Zurich, un système de micropaiement par smartphone vient d’être lancé.

Micropaiement? Par téléphone portable? Cela rappelle furieusement des expériences tentées ailleurs, avec succès. Pionnier, l’Afghanistan a mis en place un tel système dès 2008, suivi par le Kénya, l’Afrique du Sud, et maintenant l’Ethiopie. Pas vraiment ce que l’on imagine des précurseurs en matière financière. Et pourtant, la Suisse, en comparaison, reste cruellement en retard.

Comme elle n’a pas perçu l’importance croissante des nouveaux mécanismes de trafic des paiement par internet, comme Paypal et le blockchain, ce système très décentralisé qui autorise les transferts de fonds en bitcoin. Longtemps confiné dans les marges, le blockchain est en train d’être testé à Wall Street. Il pourrait, dans quelques temps, assurer les paiements du Nasdaq, la 2e bourse américaine.

La Suisse, dans cet univers en pleine ébullition, “ne figure même pas sur la carte des principaux investisseurs dans ce domaine!” s’est lamenté, mardi 9 juin, Martin Hess, le responsable des recherches économiques de l’ASB, à l’occasion de ce séminaire pour journalistes économiques. Britanniques, Américains, Scandinaves, Allemands et Français sont plus avancés que les petits Suisses.

La raison? Manque de sensibilité à la matière de la part des responsables bancaires. Ils ne sont qu’une toute petite minorité, comme le directeur général de la Banque cantonale de Glaris (qui a lancé l'”hypomat”, mécanisme d’octroi d’hypothèques entièrement en ligne), ou encore UBS, à avoir intégré les technologies de l’information dans leurs stratégie. Les autres ne bougent que lorsque leurs concurrents bougent. Et quand l’essentiel des banques reste immobile, il y a peu de chances que quelque chose se passe.

Les clients des banques auraient beaucoup à gagner de nouvelles fonctionnalités. Mais encore faut-il que les directions des banques passent à l’action, qu’elles apprivoisent une manière de faire leur métier qu’elles comprennent encore mal. Mais surtout, elles doivent se réveiller du long cauchemar qu’a été la crise financière, la disparition du secret bancaire, le resserrement massif de la réglementation et les restructuration de l’industrie financière en Suisse. Bref, elles découvrent que faute d’avoir anticipé ces problèmes lors des belles années 2000, elles ont pris beaucoup de retard technologique sur leurs concurrents étrangers.