C’est un aspect du scandale FIFA encore peu abordé par les médias, tout au torrent des révélations sur l’univers caché de la plus puissante organisation sportive faîtière: le rôle essentiel des banques en tant que chaînon indispensable dans le paiement des commissions occultes qui se sont répandus comme un cancer dans l’économie du foot global. L’acte d’inculpation de 162 pages publié fin mai par le ministère américain de la Justice (DoJ) fourmille d’exemples précis qui montrent toute la nonchalance de nombreux d’établissements bancaires dans l’application de leur devoir de filtrage des transactions suspectes. Un véritable plongeon dans le fonctionnement de la finance de l’ombre, à l’échelle globale.

Les premières visées sont des banques américaines, à commencer par des grands noms: Citibank, Bank of America, JP Morgan Chase, Wells Fargo, ainsi qu’une institution de taille inférieure, Delta National Bank & Trust dont le siège est à New York mais dont le centre d’activités paraît être la filiale de Miami. L’on trouve les brésiliens Banco do Brasil et Banco Itaù ainsi que les britanniques HSBC et Standard Chartered.

Toutes ces banques sont décrites comme ayant procédé à des virements de quelques dizaines de milliers de dollars à plusieurs millions, voire dizaines de millions, généralement de la société Traffic USA, une société de commercialisation des droits de transmision des matches de foot aux Etats-Unis, aux Caraïbes et en Amérique centrale (la région couverte par la CONCACAF, la fédération régionale présidée par Jeffrey Webb, le principal accusé de l’enquête américaine).

Mais les choses seraient trop simples si aucune banque suisse n’était impliquée à un titre ou un autre. Que l’on se rassure, deux noms émergent du document judiciaire américain: Julius Bär et l’israélienne Hapoalim, toute deux à Zurich. Deux établissements, soit-il dit en passant, inscrits en catégorie une dans l’affaire fiscale entre la Suisse et les Etats-Unis.

L’acte d’inculpation ne charge pas les banques précitées car il se concentre sur les 14 dirigeants du football accusés de corruption massive. Mais il paraîtrait étonnant que les enquêteurs ne s’intéressent pas de très près à leurs mécanismes d’identification et de lutte contre le blanchiment d’argent et de transactions douteuses. Et s’il fallait un exemple pour illustrer le rôle reconnu de plaque tournante joué par Miami – où persiste une forme de secret bancaire – dans les flux internationaux occultes de fonds, l’enquête américaine sur la FIFA met beaucoup de détails sur la table.

Et au rythme où s’opère désormais le grand déballage, on se réjouit des futures révélations. Qui ne resteront pas concentrées que sur les défauts de la Floride, mais jetteront à nouveau une lumière crie sur les manquements de bien des banques à Londres (HSBC, Standard Chartered) et la Suisse. Après tout, toutes les banques citées dans cet acte y ont une présence sinon leur siège, y compris Delta National Bank & Trust, qui a pignon au 12, rue du Port à Genève.