En janvier, au lendemain de l’annonce de la fin du cours plancher du franc face à l’euro, Bon Génie, la chaîne de vêtements chics, annonçait une baisse de 20% du prix de ses articles importés. La majorité de ses concurrents a suivi. Coop, Migros et les autres distributeurs ont aussi annoncé, la larme à l’oeil, des adaptations. Les vendeurs de voitures et les agences de voyage n’ont pas tardé à entonner le même refrain.

Deux mois plus tard, finis les lamenti. Place à la froideur des chiffres. Et que montrent-ils? Loin d’avoir baissé, les prix ont augmenté. La publication début avril de la statistique pour mars de l’indice des prix à la consommation annonce sans détours que la valeur moye.nne de ce que les gens achètent a progressé de 0,3% par rapport à février. Bizarre!

Plus étrange encore, ce ne sont pas que des produits indigènes comme la nourriture, ou les achats d’énergie fossile comme l’essence qui ont augmenté. On y trouve aussi des biens et services importés. Qui auraient donc dû baisser si ce n’était déjà fait, ou qui n’auraient pas dû augmenter puisque l’euro est pratiquement resté stable face au franc depuis le début de février.

On y trouve ainsi les vêtements (certes, c’était la fin des soldes, mais quand même), mais aussi les voyages à forfait et les hôtels. Vraiment très curieux lorsque l’on se rappelle les hurlements de l’industrie touristiques face à l’îlot de cherté de la Suisse. Les hôteliers et les agents de voyages veulent-ils vraiment faire fuir ce qui leur reste de clients?

Les professionnels du tourisme ont donc manifestement préféré compenser la baisse de quelque 5% des nuitées par… une augmentation des prix. Leur manière, sans doute, d’inciter leurs clients à revenir l’an prochain. Les agents de voyage pour leur part jouent certainement sur un autre tableau, la réticences des Suisses à acheter leurs voyages à l’étranger. De plus, l‘effet de change aidant, les Helvètes se sentent plus riches, et tendent donc à dépenser davantage!

Les mauvaises habitudes persistent donc, en dépit des promesses contraires. Une foule d’articles importés, à commencer par les journaux, restent une fois et demi plus chers en Suisse que chez les voisins. Conséquence, les parkings des centres commerciaux helvétiques sont toujours plus vides, ceux de leurs concurrents frontaliers toujours plus pleins. Il ne faudra pas pleurer lorsque nos commerces, nos hôtels et nos agences de voyages devront définitivement fermer.