Fleuron industriel et chouchou de la bourse suisse, Sika ne va pas passer en mains française, du moins pas à court terme. Le fabricant de colles, agglomérats et autres produits chimiques pour la construction et l’industrie basé à Baar dans le canton de Zoug a remporté une importante manche judiciaire dans le bras de fer qui l’oppose à son principal actionnaire et, derrière lui, le géant français Saint-Gobain. Mais l’arrêt du Tribunal cantonal zougois ouvre plus de questions qu’il ne résoud un problème.

La cour estime que la société de participations Schenker-Winkler Holding, contrôlée par la famille Burkard, ne pourra pas exercer l’entier de ses droits de vote lors de la prochaine assemblée générale, qui se tiendra courant avril. C’est très important car cette société contrôle 52,4% des voix avec 16,1% du capital seulement. Or, sans ces voix, la famille Burkard aura toutes les peines du monde à faire avaliser la vente de son paquet d’actions à Saint-Gobain lors de cette assemblée, et donc la laisser prendre le contrôle de toute l’entreprise avec seulement un sixième du capital.

L’affaire ira sans doute au Tribunal fédéral. Des mois, voire des années seront encore nécessaire, selon toute vraisemblance, pour définitivement régler cette affaire.

Dans l’immédiat, l’arrêt zougois aura certainement des répercussions sur d’autres sociétés connaissant le même système d’actions différenciées. On pense en priorité à Schindler, constructeur d’ascenseurs lucernois. Et plus lointainement, au géant pharmaceutique Roche.

Ce que ces sociétés ont en commun? Des structures actionnariales similaires. Toutes trois combinent deux types de titres, les actions privilégiées, qui confèrent à leurs détenteurs de larges pouvoirs, et des titres de seconde classe, des actions au poids moindre ou des bons de participation dénués de droits de vote. La conséquence est de créer deux catégories de propriétaires, ceux qui, sans investir beaucoup de fonds, détiennent de nombreux droits de vote, voire la majorité, et les autres. les premiers détiennent le pouvoir, les seconds se contentent d’encaisser les dividendes.

Mais le tribunal zougois remet ce système en question. Il conteste aux actionnaires privilégiés le droit de jouir de leurs privilèges et les ramène au même niveau que les autres. Cela a des conséquences au niveau de la  valorisation des actions. Et, surtout, de prérogatives des actionnaires.

Qui dit ainsi que, demain, la famille Schindler, qui détient la majorité des actions de son entreprise, ou les familles Hoffmann et Oeri, qui tiennent Roche de la même manière, ne verront pas leurs positions contestées dans le futur?

Les conséquences vont bien au-delà de ces sociétés. Elles pourraient remettre en question toute une organisation de l’économie suisse.