On peut, comme les socialistes, exiger l’instauration d’un nouveau cours plancher entre le franc et l’euro; ou promouvoir un vaste programme de déréglementations comme le désirent le PLR et l’UDC. Mais ce que chacun sait, c’est que la solution à la brutale appréciation du franc le 15 janvier dernier passe par le règlement de la crise grecque .

Seule une solution au surendettement d’Athènes permettrait un regain de confiance dans la monnaie unique, et donc sa remontée face aux autres monnaies, à commencer par le franc. Toutes les autres solutions ne sont que des remèdes palliatifs visant à atténuer la douleur d’un franc trop fort sans s’attaquer à la racine du problème.

Il en est donc de même pour le règlement de la crise. Seule une résolution réelle, solide, durable, peut y mettre réellement fin. Sans triche ni faux-fuyants. Et donc sans réinvention artificielle des termes de l’échange entre la Grèce et ses partenaires européens. Mais au contraire une adaptation de ceux-ci à la réalité. Pourquoi le salaire minimal grec est-il supérieur au slovaque? Tel est le genre de question qu’Athènes et ses partenaires doivent résoudre. C’est donc l’approche allemande qui y correspond le mieux à cette démarche. Comme tout salarié le sait, les comptes à la fin du mois doivent être apurés faute de quoi c’est la faillite qui se profile. Et c’est Berlin, sur ce point, qui se montre le plus déterminé à défendre ce principe.

Bien sûr, on peut se sentir outré des hôpitaux démunis, les foyers sans électricité, des indigents qui se multiplient, des soupes populaires. On peut affirmer que les recettes de la Troïka (ou actuellement: « les institutions ») sont carrées, brutales, inadaptées. Qu’il est immoral de contraindre un pays à rembourser une dette que chacun sait insupportable. Qu’il mieux vaut, au contraire, créer de la richesse avant de rembourser ses dettes plutôt que l’inverse.

Mais les Grecs se sont-ils uniquement focalisés sur ces questions au moment de voter pour Syriza? Apparemment, ils ont d’abord sanctionné un gouvernement conservateur incapable d’appliquer convenablement ces remèdes de cheval, et surtout impuissant, face à la corruption – voire complice – et à la mauvaise gestion chronique de ce pays.

Le problème chez nous, c’est que ce dernier aspect de la crise grecque reste peu visible. Et qu’il est pollué par une prétendue mésentente « physique » entre les deux ministres des Finances en première ligne, le Grec Varoufakis et l’Allemand Schäuble.

Cette pollution est avant tout française, émanant d’un pays dont chacun sait qu’il est le prochain à devoir se réformer durement et profondément. Face à cette douloureuse perspective, d’aucuns, dans l’Hexagone, cherchent  à renvoyer la responsabilité des changements à entreprendre sur la BCE, la Commission, etc. mais surtout pas sur eux-mêmes. C’est ainsi qu’ils dénoncent un absolutisme allemand, les faiblesses des programmes de la Troïka, exigent l’abandon des dettes. Ils rêvent d’un grand trait de plume qui remettait les compteurs à zéro sans aucun effort.

Ils ne font que reporter la résolution des problèmes de fond de leur pays en prenant en otage l’économie du continent, Suisse comprise. Ce qui est légèrement irresponsable…