La justice suisse a beaucoup hésité mais elle s’est finalement décidée à frapper en perquisitionnant HSBC. Une demi-douzaine de personnes ont passé une journée dans les locaux genevois de la banque britannique. Mais qu’y trouveront-ils? Là est toute la question.

Si Olivier Jornot, Procureur général, Yves Bertossa, son premier adjoint, et leurs spécialistes identifient des cas de blanchiment, la culpabilité de l’institution sera établie, les excuses avancées par le groupe ne trouveront plus grâce et l’inefficience de la Loi sur le blanchiment d’argent (LBA) démontrée et l’ineptie des autorités de poursuite (Ministère public) et de régulation (Finma) étalées en plein jour. Un point pour le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), auteur des révélations des cas d’hébergement d’argent du crime dans les coffres de la banque en 2005-2007.

Mais les enquêteurs pourraient aussi faire chou blanc. En sept ans, depuis le vol des données par Hervé Falciani, la banque a eu tout loisir de se débarrasser de ces comptes encombrants, voire de faire disparaître les preuves les plus accablantes. Finalement, son directeur général Franco Morra ne dit-il pas à qui veut bien l’entendre que la banque a fait le ménage? Auquel cas, les révélations de Swissleaks passeront pour un simple rappel du passé, certes désagréable mais sans conséquences réellement graves pour la banque et les autorités en charge de l’application de la loi. Circulez, ya plus rien à voir.

Plus vraisemblablement, Olivier Jornot et Yves Bertossa mettront la main sur quelques cas, ceux que la banque avait mal identifiés, ce qui ouvrira la voie à des inculpations et à un beau procès… dont l’issue reste totalement ouverte. L’honneur des autorités sera sauf, la banque sera peut-être punie d’un blâme de la Finma, voire de quelques millions de francs d’amende, quelques lampistes risquent de payer. Mais rien ne sera jugé suffisamment grave pour entraîner un durcissement de la LBA ni un renforcement des outils de surveillance et des autorités chargées de l’appliquer.

Et comme d’habitude, la Suisse assistera en spectatrice aux procédures infiniment plus dures ouvertes au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, où HSBC joue même sa survie.

Il y a un moyen d’éviter cette débâcle politique et réglementaire annoncée: prendre enfin au sérieux les risques d’abriter des fonds d’origine criminelle – qui incluront les gros cas d’évasion fiscale dès juillet – et se donner enfin les moyens de les traquer. Question de volonté politique.