Cela commençait à peu près toujours de la même manière. Deux fois par année, en mars et en septembre/octobre, les journalistes spécialisés étaient accueillis dans un salon feutré du siège de HSBC Private Bank dominant la rade de Genève pour faire un point sur la marche des affaires. Café, petits biscuits, managers souriants, paroles douces.

Rétrospectivement, lorsque l’on relit les comptes-rendus de ces présentations faites dans les années 2003-2009, années de forte croissance de la banque, deux choses apparaissent. En clair, l’étonnement face à des chiffres de croissance extrêmement soutenue des affaires; et en creux, le sentiment de malaise suscité par cette croissance folle, et l’impossibilité matérielle d’aller au-delà des quelques données que la banque acceptait de livrer à la curiosité des journalistes.

Et celle-ci, il faut aussi l’avouer, s’orientait davantage sur le caractère durable d’une telle croissance que sur la provenance des fonds. Bien sûr, la question du blanchiment de l’argent du crime revenait à chaque fois sur la table. Mais les problématiques d’évasion fiscale étaient davantage suggérées que clairement abordées, tant était fort le sous-entendu.

En ces années-là, la banque était dirigée par un ancien d’UBS, Peter Braunwalder, heureux patron d’une banque qui ne cessait d’enfler. Ce n’est qu’en octobre 2008, après que sa banque ait sévèrement souffert de la crise financière, qu’il a cédé son siège de directeur général à Alexandre Zeller, ancien patron de la Banque cantonale vaudoise. Âgé aujourd’hui de 64 ans, il s’est reconverti dans un secteur tout différent. Mais sa responsabilité dans le perfectionnement de l’industrialisation de la complicité de fraude fiscale opérée par HSBC Private Bank à cette époque est clairement apparue lors du scandale de la transmission des noms d’employés de banques aux autorités américaines en 2012.

Mais Peter Braunwalder, patron à l’allure impeccable et rassurante, avait juste repris le flambeau d’un établissement racheté en 1999 par HSBC, Republic National Bank (RNB). Celle-ci avait été édifiée par la main plus que ferme d’Edmond Safra, l’un des banquiers les plus agressifs de la place de Genève, au point de susciter la jalousie durable d’une autre de ses stars, Edgar de Picciotto, fondateur et président de l’Union Bancaire Privée (UBP), autre étoile montante des années 1990.

Mais à cette époque, les banquiers n’accueillaient que très rarement les journalistes autour d’un café et de petits biscuits. Le secret n’était pas de fer, mais d’acier. Et les rares qui ont eu la “chance” d’interviewer Edmond Safra en sont revenus très souvent déçus. Il ne disait rien.