« Charlie Hebdo » n’a jamais figuré parmi mes magazines préférés. Son humour m’a trop souvent paru un brin trop graveleux pour me faire vraiment rire, et son goût de la provocation m’a plus d’une fois semblé surfait. Mais ces quelques réserves ne sont rien face à l’horreur que sa rédaction a subi ce mercredi 7 janvier, et encore moins face à l’ignominieuse attaque contre la liberté de la presse conduite par cet assaut armé.

Que l’on s’indigne contre des publications jugées déplaisantes est une chose, que l’on porte atteinte à la liberté d’informer, de commenter, que l’on s’en prenne à l’intégrité des individus en est une totalement différente. La critique, la satire sont des droits fondamentaux comme ceux de bénéficier de l’amour des proches et d’une éducation complète. Ceux qui s’en prennent à ces droits cherchent à nier ce qui fait la beauté et la richesse de la vie en société, la pluralité.

Les journalistes économiques ne sont pas en première ligne des attentats tel que celui commis par deux terroristes masqués en plein Paris contre la rédaction de « Charlie Hebdo ». Mais ils subissent aussi maintes pressions visant à les faire abandonner leur propos critiques concernant les sujets de leurs articles, ou du moins les atténuer. On s’en prend pratiquement jamais à leur vie, mais on les soumet, parfois, à des menaces sur leur crédibilité, leur emploi, voire leur vie privée.

Les sociétés modernes se sont dotées d’arsenaux très complets visant à limiter le champs de l’expression démocratique, au nom de la protection de la personne. Ces arsenaux reposent sur un équilibre instable, sans cesse redéfini, qui laisse des victimes aussi bien du côté des journalistes, blogueurs et tous les autres auteurs de prises de parole que de leurs sujets, qu’ils soient puissants ou misérables. Mais il n’est jamais question de mettre fin de manière radicale aux droits fondamentaux en matière d’information et d’expression.

L’assaut contre « Charlie Hebdo » est donc une attaque directe contre toutes les personnes, quel que soit leur bord politique, leurs préférences personnelles, leurs goûts, qui prennent la parole en public pour exprimer leur avis. C’est la négation de siècles de dure conquête du droit fondamental à la liberté d’expression. L’expression du totalitarisme. La version extrême de toutes les tentatives de censure, qu’elles passent par les armes ou par des pressions plus subtiles, plus insidieuses.