C’est tout inquiet que ce collègue est venu vers moi l’autre jour: “As-tu vu les volumes de l’action UBS? Ils n’ont jamais été aussi bas!”. Il est vrai qu’avec moins d’un million de titres échangés sur une journée, elle a touché un plancher rarement atteint. Beaucoup d’autres actions sont pareillement concernées. Les bourses, dans l’ensemble, sont d’un calme ces jours… et pas uniquement en raison du férié américain de Thanksgiving, qui freine l’activité fin novembre. Il y a autre chose.

Les niveaux des indices franchissent des records. Surtout aux Etats-Unis, où le Dow Jones tutoie les 18’000 points., du jamais vu. En Europe, c’est moins évident. Mais le Stoxx 50, qui rassemble les plus grandes sociétés cotées du continent, plafonne aux alentours de 3200 points, son sommet depuis la crise financière de 2008-2009. En Suisse, le SMI, qui vient de franchir la barre des 9000 points, n’est plus très loin de son record absolu de mai 2007. Alors, où est le problème?

C’est précisément ces prix fous qui font peur. Tout le monde sait que cinq ans après la crise financière, l’économie ne s’est pas encore vraiment rétablie. La croissance est revenue aux Etats-Unis, mais pas en Europe. Et même là où l’économie progresse, c’est à un rythme ralenti, au point que l’on parle désormais d’une tendance à long terme, déjà baptisée “stagnation séculaire” par de beaux esprits comme Larry Summers.

Aussi, les prix des actions paraissent-ils de moins en moins soutenables. Mais qu’est-ce qui pourrait inverser la tendance? Un arrêt des injections de liquidités es banques centrales? La Fed le fait depuis quelques mois, mais l’effet ne se lit pas vraiment dan sle marché… Au contraire, la BCE va accroître encore ses engagements, la BNS aussi, inondant encore davantage les marchés financiers de liquidités toutes fraîches. Pas de raison, donc, que la hausse ne s’arrête.

Elle est encore alimentée par deux facteurs, la stagnation des prix des obligations d’entreprises aux Etats-Unis (traditionnellement, les oblig’ baissent quand les actions montent et vice-versa) et la baise du cours de l’or (en raison du même phénomène) – quoique c e dernier pourrait remonter quelque peu si l’initiative sur l’or est acceptée en Suisse. Enfin, la baisse des prix du pétrole alimente l’espoir d’une reprise économique dans beaucoup de pays.

Mais il y a bien un moment où les choses vont se retourner. A cause des prix surfaits des actions, des risques géopolitiques (Ukraine, Russie, Syrie, Iran…), d’un effet retard de la fin du quantitative easing américain, etc. Le plongeon pourrait partir des Etats-Unis avant de s’étendre chez nous et dans le reste du monde (ça sent le déjà vu, ça…).

Mais pas avant l’année prochaine. Traditionnellement, les dernières semaines de l’année sont haussières, sous le joli nom de “rally de Noël”. On aime bien se raconter de belles histoires à la bourse aussi. Cependant, peut-être bien que cette fois, les intervenants seront bien moins nombreux que d’habitude.