Un grand étonnement. Interrogés sur les avantages fiscaux qu’offrait leur pays aux entreprises étrangères, les Néerlandais répondaient par un air de surprise au journaliste suisse venu chez eux leur demander pourquoi ils étaient si forts. « Vous, les Suisses, vous nous considérez comme des concurrents? C’est vous la grande puissance en la matière », répondaient-ils. C’était en 2008. Depuis, les Pays-Bas peuvent regarder notre pays de haut.

Ils sont les premiers à offrir un domicile aux multinationales américaines à la recherche de juridictions à la fois sûres et fiscalement attractives. En 2013, ils sont même passés devant les Caraïbes et l’Irlande en matière de domiciliation des bénéfices… et donc loin devant notre pays, qui se classe néanmoins au cinquième rang, derrière le Luxembourg mais à une courte tête devant Singapour.

Qui le dit? L’économiste français Gabriel Zucman, spécialiste des flux financiers vers les paradis fiscaux, dans un article publié dans le « Journal of Economic Perspectives« . Certes, cet économiste n’a pas toujours eu la main heureuse, notamment au moment d’estimer la part de la Suisse dans cette économie de la pénombre. Mais il s’est acquis une solide réputation internationale en matière de chiffrage des flux mal connus.

La Suisse peut donc respirer, ce n’est pas elle qui sera l’objet de la prochaine offensive fiscale américaine. Mais elle peut aussi regretter, cyniquement d’une certaine manière, de ne pas avoir su jouer tous ses atouts dans l’univers impitoyable de la concurrence fiscale mondiale.