On les avait oubliées depuis l’éclatement de la crise financière, mais elles font un retour tonitruant. Les mégafusions, ou méga-acquisitions d’entreprises, des transactions de plusieurs milliards, ou dizaines de milliards de francs/dollars/euros/etc. accaparent l’attention du public. Il y a bien sûr les offres concurrentes de GE et de Siemens sur Alstom; celle de Pfizer, numéro un mondial de la pharma, sur son concurrent britannique AstraZeneca; la fusion d’Holcim avec Lafarge; ou encore la vente, juste achevée, de la division de téléphones portables de Nokia à Microsoft. Selon le cabinet Dealogic, qui tient la statistique, le volume des transactions de plus de 10 milliards de dollars annoncées depuis le début de l’année dépasse pour la première fois le record de 2007.

L’environnement économique est favorable. La reprise, visible aux Etats-Unis, semble s’amorcer en Europe, ce qui ouvre de brillantes perspectives d’affaires; les entreprises américaines profitent de cours de leurs actions plus élevés, ce qui abaisse les coûts d’acquisition; le crédit reste abondant et extrêmement avantageux grâce à la générosité sans bornes des banques centrales, ce qui abaisse encore les coûts d’opportunité; et les banques d’affaires, qui sont au centre de ces opérations mais qui ont eu une très mauvaise année 2013 à cause de la chute du négoce des obligations, ont tout intérêt à stimuler le mouvement afin d’encaisser le maximum de commissions.

Cela dit, ces “megadeals” se heurtent à un public lassé, qui n’a pas encore fini de payer les conséquences de la crise, avec un chômage élevé et un pouvoir d’achat réduit. Ce dernier est encore moins disposé qu’avant la crise à supporter le cortège de restructurations et de suppressions massives d’emplois qui accompagne ce genre de regroupement. Par conséquent, les politiciens les plus en recherche de visibilité, tel le nouveau ministre français Arnaud Montebourg, se font une joie de dresser tous les obstacles possibles. Ils sont un signal avant-coureur d’une évolution bien plus sérieuse, celle d’un durcissement de la réglementation dans ce domaine.

Depuis l’éclatement de la crise financière, les Etats ont acquis savoir-faire et confiance dans ce domaine. Ils ont contraint les banques à accepter des normes plus sévères. Puis ils ont tourné leurs efforts vers la fiscalité internationale pour en améliorer la transparence et, surtout, le rendement, un chantier toujours en cours. Qu’est-ce qui les empêcherait, par la suite, à durcir les conditions des méga-regroupements d’entreprises au titre de la lutte contre les abus ou de la défense d’intérêts nationaux ou communautaires?

Tout à leur enthousiasme de renouer avec les frissons des grandes manoeuvres financières, les dirigeants des multinationales ont peut-être mal estimé ce risque. Qui pourrait bien leur tomber dessus un beau jour, peut-être pas si lointain, par de nouvelles réglementations tatillonnes.