Il n’y a pas de montagnes mais il y a la mer. A ce détail près, le Danemark, c’est presque comme la Suisse. Un petit pays européen développé (5,6 millions d’habitants) une économie de taille moyenne (277 milliards de francs, la moitié de la Suisse), une monnaie propre, la couronne, un marché immobilier en plein boom. Et des soucis très similaires à ceux de chez nous: une devise et une croissance du crédit hypothécaire difficilement contrôlables.

Le Danemark est probablement le seul pays au monde occidental à relever un taux d’intérêt. Le 24 avril, la Nationalbank, la banque centrale, a fixé son taux des dépôts (qui rémunère les dépôts effectués par les banques commerciales) à 0,05%. Ce n’est pas grand chose, mais c’est un renversement copernicien de politique monétaire. Jusqu’alors, l’institut prélevait 0,1% d’intérêt sur les dépôts effectués chez elle par les banques commerciales afin de diriger ces fonds vers le crédit aux entreprises pour stimuler une croissance bien pâle (-0,6% au 1er trimestre).

Le problème, c’est que les crédits se sont dirigés vers la pierre, exposant les ménages à des hausses de taux d’intérêt hypothécaires à l’avenir. Or, la plupart d’entre eux, comme les Suisses, se sont endettés pratiquement au maximum en profitant de taux bas (près de 2%) et seront incapables d’assumer des loyers de l’argent plus élevés. La solution retenue à Copenhague est néanmoins bien différente de celle de Berne: plutôt que de restreindre l’accès à la propriété en limitant les possibilités de financement, on permet de… rallonger la durée des obligations immobilières, qui possèdent les crédits alloués à l’immobilier local. Ce qui a fait froncer les sourcils de l’Autorité bancaire européenne, le régulateur communautaire, qui préférerait au contraire freiner l’expansion du crédit en rendant ces titres moins attractifs aux investisseurs.

L’autre problème de la politique de la banque centrale a été d’affaiblir sa propre devise. En chassant de ses propres coffres les dépôts des banques commerciales, l’institut d’émission a découragé les investisseurs étrangers, qui se sont donc détournés de la couronne. Bonne nouvelle, donc, pour les exportateurs danois, qui profitent d’une baisse du taux de change, mais très mauvaise pour l’économie nationale. Pour lui assurer à cette dernière des relations les plus stables possibles avec le reste de l’UE, la Nationalbank lui assure un taux de change pratiquement fixe avec l’euro. Or, ce dernier n’était plus tenable avec le maintien des taux négatifs pratiqués par la banque centrale danoise.

Le Danemark n’est pas la Suisse en ce sens que la couronne n’est pas une monnaie refuge comme le franc. Lorsqu’elle cherche à stabiliser le taux de change avec l’euro, la BNS n’a pas besoin de jouer sur les taux, il lui suffit de vendre massivement du franc contre de la monnaie unique, sachant qu’elle trouvera toujours des acheteurs.

Mais il y a un risque que la Nationalbank danoise n’accepte pas de prendre, au contraire de la BNS: c’est de stocker des quantités phénoménales de devise étrangère, au risque de devenir le « banquier du monde », comme le rappelait l’économiste canadien William White (L’Hebdo n°17), avec le risque de devoir assumer les erreurs des autres. C’est toute la différence entre un pays de commerçants et de marins comme le Danemark, et une place forte de la finance comme la Suisse.