Le conflit sourdait depuis le printemps 2012 entre grands banquiers et régulateurs. Il est désormais ouvert. Les gendarmes financiers veulent contraindre les banques trop grandes pour faire faillite à accroître encore leurs réserves pour faire face à une nouvelle crise financière. Ils ont été horrifiés de découvrir que les modèles de calculs qu’ils ont édifié en 2009 pour protéger le monde d’une nouvelle crise ont été en partie détournée par les grandes banques.

Celles-ci emploient des modèles d’estimation des risques trop optimistes, dont les résultats affichent souvent de « fortes » différences avec ceux du Comité de Bâle, qui rassemble les banquiers centraux.

Ces derniers s’en émeuvent et veulent réduire ces différences. Leur arme: une « révision des règles relatives au portefeuille bancaire », comme l’a expliqué ce Comité le 17 décembre. Autrement dit: les banques doivent revoir leurs calculs. La BNS est totalement à l’unisson de cette manière de voir et va tester les méthodes utilisées par UBS et Credit Suisse, comme l’a indiqué son vice-président Jean-Pierre Danthine à la mi-décembre.

Le Comité de Bâle cherche surtout à sauver son propre modèle, dit de Bâle III, qui repose sur l’estimation des risques par les banques elles-mêmes. Car derrière lui se profile une menace bien plus redoutée par les grandes banques commerciales: le remplacement, sous la pression américaine, de Bâle III comme modèle de calcul principal des réserves minimales, par le « ratio de levier » (ou leverage ratio), un rapport entre le total du bilan de la banque (et non plus seulement ses actifs à risque) et un niveau minimal de réserves. Pire encore pour les grandes banques, le seuil minimal, actuellement à 3%, pourraient être relevées à 4,5%, voire 6%, si les régulateurs internationaux suivent la volonté des Américains. Eveline Widmer-Schlumpf s’était brièvement et maladroitement exprimée sur la question à l’automne avant de se rétracter. Cette partie n’est pas encore gagnée.

Or, le ratio de levier est ce que redoutent les banquiers, et plus particulièrement les banquiers suisses, très mal classées par le FMI pour leur très mauvaise couverture des risques si on les calcule au moyen du ratio de levier. Le président de Credit Suisse Urs Rohner le témoigne dans L’Hebdo n°51: « Toute discussion concernant un durcissement des règles ou d’un relèvement du ratio de levier nous paraît donc déplacée et sans objet ». Il l’a dit également avec son homologue d’UBS Axel Weber dans « Bilanz »: pas de nouvelles exigences.

Les hostilités sont donc ouvertes. Mais vont-elles durer longtemps? En dépit de sa simplicité apparente, le ratio de levier ne s’est pas encore totalement imposé faute d’accord international sur la manière de le calculer. Les régulateurs internationaux promettent une méthode unifiée pour le premier trimestre de l’année prochaine. S’ils y parviennent, les banquiers pourront plus difficilement éviter de relever encore le niveau de leurs réserves financières anti-crise.