L’ouverture à Bruxelles du Swiss Finance Council, un nouveau lobby créé par UBS et Credit Suisse dans la capitale de l’UE, est un nouveau signe des profondes divisions qui affectent l’industrie bancaire depuis longtemps et que la crise a élargies. Patrick Odier, président de l’Association suisse des banquiers (ASB), a beau plaider l’unité – il ne compte du reste pas son engagement pour la maintenir – celle-ci est de moins en moins réelle dans les faits.

Le Swiss Finance Council, selon ses propres déclarations de ce matin dans la NZZ et Le Temps, a pour but de défendre le point de vue des banques suisses dans l’élaboration de dossiers très lourds à la fois pour elles et pour l’UE dans son ensemble: la directive Mifid (écoulement de produits financiers suisses dans l’UE), l’Union bancaire (supervision des grandes banques) et les mécanismes de démantèlement pour les banques trop grandes pour faire faillite. Autant de thèmes essentiels pour la place financière suisse et sa compétitivité, mais dont elle est restée à l’écart du débat en raison de son isolationnisme traditionnel en matière de coopération financière. Il es donc curieux que l’ASB n’y soit pas associée au premier chef aujourd’hui.

Cette même ASB n’est plus non plus à la pointe de la défense des intérêts des banques suisses aux Etats-Unis. L’été dernier, quelque 80 d’entre elles ont créé une nouvelle association chargée de régler le différent avec le Department of Justice (DoJ) dans le cadre de l’accord global sur les comptes non-déclarés. Cette division du travail est la conséquence directe des affrontements parfois très directs entre ces messieurs au sein du conseil d’administration de l’ASB le printemps derniers, où l’on en était venu presque aux mains.

Les banquiers vont bien sûr nier cette fragmentation de la défense de leurs intérêts et plaider la spécialisation de leurs différentes organisations. Cela peut porter des fruits au moment de négocier des dossiers spécifiques avec des interlocuteurs différenciés. Mais cela brouille la lisibilité de la stratégie globale de la place financière telle qu’elle a été affirmée à de multiples reprises et à grand fracas depuis la fin 2009.