Débiteurs hypothécaires réjouissez-vous, les taux d’intérêt ne sont pas près de remonter! La Banque centrale européenne (BCE), qui détermine la politique monétaire de la zone euro, a baissé jeudi 7 novembre son taux directeur de 0,25% pour l’amener au plus bas historique de 0,25%. Jamais dans l’histoire de la monnaie unique le loyer de l’argent n’avait été aussi faible. Evidemment, le propriétaire suisse d’une maison ou d’un appartement n’est pas directement concerné par cette mesure, mais il va mécaniquement en ressentir les effets.

La BCE craint que l’Europe plonge dans la déflation. Autrement dit, qu’elle se piège dans une spirale de baisse de prix provoquant une baisse des salaires, et qui aboutirait à anihiler la modeste reprise économique et à alourdir le fardeau déjà insupportable des dettes. L’institiut de Francfort a manifestement été alarmé de découvrir que la hausse des prix au troisième trimestre, de 0,7% en rythme annuel seulement, témoignait d’une situation très risquée. La banque centrale fera donc tout pour sortir la zone euro de cette situation dangereuse et faire repartir la machine économique. On peut imaginer d’autres mesures, comme de nouveaux prêts facilités aux banques commerciales. Le résultat sera le maintien de taux directeurs au plancher pendant de nombreux mois, voire plusieurs années, tant que l’inflation, voire une vraie reprise économique, n’auront pas amorcé leur retour.

La Banque nationale suisse sera contrainte de s’aligner sur cette générosité. Depuis septembre 2011, elle a aligné de facto sa politique monétaire sur celle de la BCE en fixant unilatéralement un cours plancher de 1,20 francs pour un euro. Certes, le cours actuel avoisine 1,23 francs pour un euro, ce qui laisse une certaine marge à l’institut d’émission. Mais si il ne veut pas que ses efforts soient réduits à néant, il ne doit surtout pas renforcer l’attractivité de notre monnaie face à la devise européenne. Donc: pas de hausse des taux d’intérêt directeurs en Suisse tant que la BCE ne fait pas mine de bouger.

Débiteurs hypothécaires, si votre banquier vous suggère, la bouche en coeur, de souscrire un emprunt à dix ans en arguant que c’est moins cher aujourd’hui que demain, réfléchissez à deux fois! Vous risquez de payer trop cher une protection contre les hausses de taux qui s’avérera largement inutile.