Le moment de vendre est-il arrivé? Telle est la traditionnelle question des amateurs d’investissements boursiers lorsque un nouveau sommet est atteint. D’où les petites baisses de régimes qui s’observent fréquemment après l’annonce d’un nouveau record. La faiblesse qui s’observe cette semaine ne fait pas exception. Elle est la conséquence de l’annonce d’un record, celui de la capitalisation boursière suisse. Celle-ci a dépassé son niveau le plus élevé atteint en 2008, juste avant que la faillite de Lehman Brothers entraîne la planète finance dans l’abîme.

Les raisons de l’envol de ces deux dernières années ont été abondamment commentées: l’inondation de liquidités des banques centrales, principalement de la Fed et de la BCE, n’auraient trouvé que le chemin de la bourse pour se placer à quelque part, négligeant l’économie réelle; l’éloignement de la crise de la zone euro a stoppé la fuite des investisseurs des valeurs européennnes, et même encouragé leur retour; la croissance économique aux Etats-Unis, et même en Europe (à noter le retour de l’Espagne dans le cercle des pays sortis de la récession), est un encouragement à la prise de risques; le coup de mou des principaux émergents (Inde, Chine, Brésil) a fait fur les capitaux les plus volatiles; etc. Tout cela a généré un enthousiasme que même le shutdown n’a pas réussi à entamer.

Faut-il donc considérer la bourse, les myriades d’investisseurs et leurs banquiers comme de grands amnésiques qui se dépêchent d’oublier leurs malheurs passés? Certainement. Là où il y a du profit à faire, il n’y a pas de raisons de se gêner. Mais les marchés, malgré tout, apprennent de certaines fautes passées. Ils se montrent beaucoup plus méfiants des banques, surtout lorsque leurs sauveteurs et gardiens, les banquiers centraux, leur rappellent qu’elles restent en équilibre instable. Non seulement en raison du très grand nombre d’enquêtes en cours sur les divers scandales (Libor, changes, manipulations boursières et j’en passe), mais aussi, et surtout, sur le chronique manque de fonds propres.

Ce qui a changé avec la crise, c’est l’augmentation du pouvoir des régulateurs. Et ce qui n’a pas changé, c’est à peu près tout le reste.