Donneur de leçons en matière de règles financières, moteur du durcissement en cours, les Etats-Unis sot souvent à l’origine des nouvelles contraintes qu s’abattent sur les banques. Notamment en matière de ratios de fonds propres par rapport aux prêts et d’encadrement des instruments financiers dérivés.

Mais c’est aussi un pays très chaotique qui se fait taper sur les doigts par le Conseil de la stabilité financière (CSF) dans un rapport publié mardi 27 août. Réunissant des gendarmes financiers et des banquiers centraux des principales puissances financières, le CSF (basé à Bâle, au siège de la Banque des règlements internationaux) reproche à l’Oncle Sam une organisation encore très chaotique de sa supervision financière.

Alors que celle-ci est généralement le fait d’une ou deux organisations dans chaque pays – la Finma en Suisse, la Financial Conduct Authority et la Prudential Regulation Authority au Royaume-Uni, cette responsabilité est diffusée en de multiples organisations aux Etats-Unis. Les dérivés sont surveillés par la CFTC, les bourses par la SEC, les assurances sont contrôlées par chacun des 50 Etats fédérés, etc. Certes, un organe de direction suprême, le FSOC (Financial Stability Oversight Council) est censé coordonner le tout. Mais cela reste insuffisant. Chaque organe de supervision continue, comme par le passé, à travailler dans son coin sans se soucier des priorités des autres. L’action de surveillance reste donc atomisée et même la collecte de données pour les prises de décisions au sommet.

Ce manque de coordination se manifeste aussi avec les autorités étrangères de régulation. Trop souvent, les Américains prennent leurs décisions dans leur coin en regard de leur réalité et de leurs priorités sans trop se soucier des mesures prises à l’étranger. Conséquence: la multiplication de règles mal coordonnées, parfois conflictuelles, qui pourrissent la vie des institutions financières internationales.

Ce manque d’efficacité est notable dans le domaine des dérivés, où les Américains assument un rôle particulièrement important en raison de la tenue, à Chicago, de deux des plus importantes bourses spécialisées au monde. Or, selon le CSF, le gendarme compétent américain n’a pas pris de mesures assez sévères, notamment pour s’assurer que chaque participant à ce marché particulièrement instable et risqué détienne des liquidités suffisantes pour pallier aux risques.

Bref, il est plus que temps pour Washington de contraindre ses mille et une administrations de surveillance financière de mieux collaborer entre elles et avec les autorités étrangères. Faute de quoi les multiples incohérences réglementaires qui en résultent feront le lit de la prochaine crise financière.