Pas de chance pour le Conseil fédéral. Bruno Frick, qu’il a désigné pour rejoindre le conseil d’administration de la Finma dès le 1er août, fait l’objet d’une procédure pénale. Pire, le gouvernement ne le savait pas, lorsqu’il a avalisé sa nomination il y a quelques jours. Du coup, il n’est pas certain du tout que M. Frick prenne effectivement ses responsabilités dans moins d’un mois.

Présomption d’innocence: ce n’est pas parce qu’une procédure judiciaire est ouverte que la personne visée est coupable. La « Schweiz am Sonntag », qui met cette affaire au jour, ne précise pas si une inculpation a été prononcée. Donc, pour le moment: prudence sur la teneur de l’affaire.

Mais celle-ci souligne la difficulté de trouver des candidats à la fois suffisamment aguerris et intègres pour assumer une fonction soumise à des pressions toujours plus intenses. Avec la crise, le rôle de « flic des banques » s’est méchamment durci, avec des décisions parfois historiques, comme, en février 2009, la remise aux Etats-Unis de noms de clients d’UBS.

Les démissions se sont succédées ces derniers mois à la tête de l’institution: le professeur belge Eddy Wymeersch, une référence internationale en matière de régulation, n’a ainsi siégé qu’un an, de janvier à décembre 2012 avant de prendre la présidence de l’Association européenne des régulateurs des marchés financiers. En on se rappelle encore de l’affaire Haltiner, du nom de l’ancien président, forcé au départ en 2010 pour avoir prêté le flanc aux soupçons d’une trop grande complaisance avec son ancien employeur UBS.

Si Bruno Frick est amené à renoncer à son mandat, cela ne sera peut-être pas au détriment de la Finma. Au conseil des Etats, le PDC schwytzois s’était distingué par une ligne conservatrice. Gérant de fortune, il a accumulé les mandats qui sentent bon la finance à l’ancienne. Or, les virages récents montrent que la place financière suisse a besoin de gendarmes certes intègres et impartiaux, mais aussi orientés vers des solutions d’avenir et pas uniquement préoccupés par la défense du passé.