S’il fallait caractériser en un mot la tempête que traverse la Suisse politico-financière deuis la mi-avril, un mot suffit: cynisme. Un concept insuffisamment présent dans le comportement de nos responsables pendant trop longtemps, et qui s’impose avec force aujourd’hui.

Pendant longtemps, dirigeants bancaires et conseiller fédéraux ont cru qu’il suffisait d’asséner le caractère non-négociable du secret bancaire pour que ce credo se transforme en réalité. Quatre ans leur ont été nécessaires, depuis mars 2009, pour admettre publiquement les limites de ce wishful thinking et que la raison du plus fort pouvait être la meilleure.

Il a fallu, pour cela, que les banquiers 1) assistent, impuissants, à l’amincissement de leurs marges provoqué par la crise financière et les incertitudes entraînées par la disparition progressive et chaotique du secret bancaire; 2) qu’ils admettent que l’avenir ne se trouve pas dans la conservation désespérée de l’ordre ancien, mais dans leur adoption du nouveau cadre (échange automatique d’informations, fin de la distinction entre évasion et fraude, etc.); et 3) qu’ils transmettent ce message à leurs représentants préférés au Parlement.

C’est la phase de transition du point 2 au point 3 qui est restée inachevée à ce jour. La banque, largement consciente depuis des mois, sinon plus, du caractère inéluctable des changements, a « oublié » d’en informer complètement ses relais, à moins que ces derniers aient omis de les écouter soigneusement sur ce point. Les relais ont donc continué de défendre becs et ongles ce qu’ils pouvaient du secret bancaire. D’où leur colère aujourd’hui face à la « Lex USA » que le Conseil fédéral leur prie de voter dans l’urgence.

« Nos politiciens manquent de cynisme pour défendre les intérêts de la Suisse », soutenait au printemps dernier l’un des meilleurs connaisseurs du dossier à Berne. Aujourd’hui, ce même expert se réclame de ce même « cynisme » pour justifier le basculement des banques. Et tant pis pour les politiciens.