Entre les révélations d’Offshore Leaks, l’annonce de la conversion par le Luxembourg, l’Autriche et le Liechtenstein au mode d’échange automatique d’informations fiscales, et l’affaire Cahuzac en France, il y a de quoi semer une large confusion dans les esprits.

Mercredi soir, le Grand Soir Trois, émission d’informations de la 3e chaîne de TV française, commettait cette suprême confusion: c’est à cause de l’affaire Cahuzac que le Luxembourg abandonne son secret bancaire: Et un coup de cocorico pour couronner le tout!

Cahuzac, pour la Suisse, sonne comme une revanche. Souvent accusée (non sans de bonnes raisons) par les Français de bloquer les canaux judiciaires permettant la transmission d’informations bancaires, c’est elle qui a fourni les renseignements qui ont fait plonger le ministre. Et qui montre sa disponibilité à livrer d’autres documents à même de déstabiliser d’autres hauts responsables politiques hexagonaux, aussi bien à gauche qu’à droite. La panique qui s’est emparée de la scène politique parisienne en est la meilleure démonstration.

La conversion annoncée du Luxembourg à l’échange automatique d’informations représente un enjeu bien plus important pour la Suisse car elle annonce la vraie fin du secret bancaire. Il sera difficile de prolonger son agonie longtemps au-delà du 1er janvier 2015, date retenue par le Grand-Duché pour appliquer le nouveau système. L’objectif, pour Berne, sera de négocier le dernier recul avec un minimum de dégâts faute de pouvoir obtenir beaucoup de contreparties de la part de ses voisins et partenaires. Elle paye encore le prix de la grave erreur commise au cours des années 2000, lorsqu’elle sous-estimait la volonté internationale d’en finir avec le secret bancaire.

Nombre de réactions politiques, aussi bien en France qu’en Suisse, sont du théâtre. Le projet de “moralisation” du président Hollande n’est qu’une reprise de projets de lois en cours d’approbation devant le parlement, et ne convainc donc guère. En Suisse, la confédération et les banques se préparent depuis plusieurs mois, voire un an, à l’échange automatique. Mais il y a un grand risque: que le théâtre parisien appelle une victime expiatoire, et que celle-ci soit, justement, la Suisse.