Quel que soit le contenu de la masse d’informations contenue sous le label “offshoreleaks”, la mise à jour de dizaines de milliers de documents hautement confidentiels sur les méthodes couramment employées par les très riches et puissants pour amoindrir leur fardeau fiscal s’avère déjà comme un changement paradigmatique majeur. Désormais, la réalité tangible des montages complexes de structures juridiques destinées à opacifier les patrimoines et les flux financiers apporte la preuve, attendue depuis si longtemps, d’une réalité connue mais demeurée largement abstraite.

Le fait de savoir que Madame ou Monsieur X, ou la famille Y, ou la fondation Z, honorablement connus dans leur pays ou leur région, minimise ses responsabilités fiscales par des méthodes certes légales mais peu morales, va accroître la frustration de citoyens-contribuables contraints de tout déclarer et toujours plus soumis à la pression de la mondialisation et de mesures d’austérité. Un changement de ton politique en ressortira immanquablement.

Certes, les personnes riches et puissantes, accompagnées des banquiers, avocats, gérants ou autres structurateurs de patrimoines, qui vivent très confortablement de ce business, vont se draper dans la dénonciation de l’atteinte à la liberté individuelle. Ils se défendent déjà en arguant de la légalité de ces montages.

Mais il leur sera désormais bien difficile de plaider, comme le font les banquiers suisses, la sauvegarde du “lien de confiance entre le citoyen et l’Etat” pour empêcher la mise en place d’un échange d’informations fiscales entre autorités cantonales. Se prévaloir d’un tel lien lorsque l’on aide les gens à échapper au fisc, même légalement, n’est évidemment pas soutenable.