L’économie de Chypre est comparable, par sa taille, à celle du canton de Lucerne. Son besoin urgent de financement, qui occupe tant la zone euro et les marchés financiers internationaux, représente la moitié de l’aide dont UBS a bénéficié de la Banque nationale suisse en octobre 2008. Quant à la partie de cette aide qui devrait être financée par des apports chypriotes – taxes sur les comptes, transferts des fonds de retraite, etc. – ils représentent entre trois et quatre fois la somme que le canton de Genève a injecté dans sa banque cantonale en faillite en 2000.

Les montants dont ont besoin les Chypriotes ne sont donc pas le problème. La Suisse a su, dans un passé récent, les mobilier toute seule sans que sa solidité ni sa crédibilité ne soient remis en cause. Certes, les proportions sont différentes. l’aide à UBS ne représentait “que” 8% du PIB de la Suisse. Les besoins urgents de Chypre atteignent 80% de sa richesse nationale. Mais la Suisse était seule. Chypre est membre de l’un des blocs monétaires les plus riches au monde depuis cinq ans. Qui, certes, l’empêche de dévaluer sa monnaie comme a pu le faire l’Islande en octobre 2008, mais qui, au moins, est censée lui prodiguer un appui.

La pantalonnade à laquelle nous assistons, impuissants, depuis la mi-mars n’est donc pas un problème de chiffres mais tout simplement un manque cruel, flagrant, de conscience des obligations d’une monnaie unique: une prise en charge des problèmes du membre le plus fragile de la communauté et, en contrepartie, un abandon de souveraineté de chaque pays membre pour tout ce qui concerne les grandes questions financières. L’UE a empoigné cette question il y a plus d’un an, notamment en faisant avancer le projet d’union bancaire. Mais celui-ci s’ensable en raison des égoïsmes nationaux, notamment allemands.

Faudra-t-il que les Etats-Unis ou la Chine menacent ouvertement d’intervenir directement dans ce dossier qui empoisonne la planète pour que les Européens se réveillent? Pour qu’ils sortent de la logique du compromis a minima de dernière seconde qui a conclu toutes leurs crises précédentes, et sur laquelle celle de Chypre devrait aussi aboutir? Ou va-t-on réellement vers l’explosion définitive de la zone euro? La pusillanimité et le ridicule des dirigeants européens dans cette affaire le laisse vraiment croire.