L’accord conclu entre la Troïka (UE, BCE et FMI) avec le gouvernement chypriote le samedi 16 mars au matin marque une nouvelle étape dans le cynisme avec lequel des solutions sont apportées à la crise financière européenne. Après avoir imposé des mesures d’austérité conduisant des millions de personnes au chômage, les négociateurs – la Troïka (UE, BCE, FMI) d’un côté, les gouvernements surendettés de l’autre – contraignent les déposants à payer pour assurer la solvabilité d’un Etat aux abois afin de garantir sa dette, détenue principalement par des banques commerciales. En d’autres termes, les épargnants sont appelés à subventionner les banques, une forme de socialisation des pertes.

Pourquoi? Il y a bien sûr la rigidité de la Troïka, qui évacue toute idée d’un abandon même partiel des dettes souveraines (à l’exception de la Grèce il y a un an). Mais il y a aussi une forme de lâcheté, voire d’incompétence des dirigeants récipiendaires des aides. Dans le cas de Chypre, le nouveau gouvernement a préféré n’emprunter que quelque 10 milliards d’euros et de chercher plus de 5 milliards auprès des épargnants, dont beaucoup de Russes, plutôt que d’emprunter la totalité de ses besoins, lesquels atteignent la quasi-totalité de son PIB.

Chypre, en tant que place financière, est finie. L’île ne se remettra jamais de cette atteinte à sa réputation. Quant à l’UE, sa légitimité en tant que défenderesse des intérêts des peuples vient de subir un nouveau coup. Le gouvernement local rejoint ses équivalents grec, espagnol, italien et autres méridionaux dans le club des cyniques incompétents. Le retour de manivelle n’en sera que plus fort.