Si le vote de dimanche dernier sur les salaires des managers a eu un retentissement mondial, il a été particulièrement remarqué dans la City de Londres. Pas une discussion ne peut impliquer le Suisse de passage dans la première place financière au monde sans que le vote ne soit commenté, le plus souvent positivement! C’est que la solution Minder paraît bien plus pragmatique aux banquiers de Canary Wharf que la formule retenue ce début de semaine par les ministres de l’Union européenne. Cette dernière, plutôt que d’accorder les pleins pouvoirs aux actionnaires, a opté pour une formule limitative: la part variable des rémunérations ne pourra pas dépasser le montant du salaire fixe. Ou, éventuellement, en représenter le double si une large majorité d’actionnaires l’accepte.

Pour les Britanniques, c’est un nouvel obstacle à la compétitivité de leur place financière qui est en jeu. Comment convaincre un manager de travailler pour un établissement britannique, même à Hongkong (où la règle s’appliquera aussi vu qu’elle s’étendra à toutes les implantations d’une banque basée dans l’Union), alors que ses concurrents d’autres régions du monde seront libres de fixer leurs rémunérations comme elles l’entendent? George Osborne, le ministre des Finances britannique, a été complètement minorisé sur ce sujet face à ses collègues européens, ce qui lui permet – au passage – de s’afficher comme le défenseur acharné des intérêts de son pays. Mais sur les rives de la Tamise, on relève qu’il aurait pu faire preuve d’encore plus de conviction.

Néanmoins, des solutions sont déjà imaginées pour accommoder l’industrie financière à la future règle. Notamment: relever massivement les salaires fixes afin d’éviter de baisser la rémunération totale. Et de changer chaque année le niveau de la rémunération fixe. Mais tous les barons de la finance accepteront-ils de soumettre leurs rémunérations à de telles acrobaties, génératrices d’incertitudes (qu’ils détestent, cela d’autant plus que leurs intérêts personnels sont en jeu)? Le risque majeur pour la place financière, c’est d’assister à une ossification des structures salariales dans les banques, à haut niveau, ce qui rendra les managers et leurs traders vedettes encore moins sensibles aux risques qu’ils feront encourir à leurs banques.

Les banquiers britanniques partagent de nombreux traits avec leurs confrères helvétiques. Lorsque le politique ou le régulateur interviennent lourdement dans leur domaine, ils trouvent toujours que l’herbe est plus verte chez le voisin.