Les marchés financiers sont d’excellente humeur depuis l’automne dernier. Et non sans surprendre leur public, ils continuent d’afficher un bel optimisme en ce début d’année, en dépit de quelques accrocs lorsqu’ils sont clairement déçus, notamment ce fameux décrochage d’Apple le 24 janvier dernier.

Les stratèges bancaires font assaut de prévisions optimistes. Pas un jour ne se passe sans qu’ils raffermissent leurs promesses de hausses, en dépit des gains réalisés depuis l’an dernier.

Et pourtant, dans les économies matures (OCDE), les perspectives de croissance demeurent très faibles. Les grandes institutions économiques internationales n’ont pas révisé à la hausse leurs attentes. L’automobile est au plus mal et compte plus que jamais sur la Chine et l’Inde pour assurer une croissance de ses ventes, et la consommation des ménages demeure très hésitante en Europe – un peu moins, certes, aux Etats-Unis.

Bref. Ces éléments accréditent chaque jour davantage l’hypothèse selon laquelle les fleuves de liquidités déversés par les banques centrales alimentent en premier lieu une nouvelle bulle des actifs cotés en bourse et non pas une croissance soutenue de l’économie réelle. La question est donc: quand éclatera-t-elle?

Les déclencheurs ne manquent pas: un nouveau plongeon de la zone euro dans une crise qu’annoncent plusieurs spécialistes indépendants comme Charles Wyplosz, une confirmation de la mini-récession dans laquelle l’économie américaine s’est plongée, à la surprise générale, au dernier trimestre, etc.

Et que deviendront donc les tonnes d’argent émises ces dernières années? Rentreront-ils à l’abri dans les fonds monétaires ou les coffres des banques centrales, comme cela a été le cas jusqu’à la fin de l’an dernier? Ou, désormais lancées dans les circuits financiers, alimenteront-elles cette reprise de l’inflation qu’UBS juge inéluctable dès 2014?

On peut être euphorique comme le sont les marchés financiers. Et donc se convaincre, comme en mars 2009, que le pire est passé, que demain sera mieux que hier, et donc prendre des positions en actions à court terme pour profiter de la hausse. Ou, au contraire, rester ferme, se persuader que malgré l’embellie, les déséquilibres restent bien trop nombreux pour que l’économie efface, en quelques semaines, cinq années de crise qui ont ébranlé les fondements du système financier. Comme on le dit à l’armée: messieurs, gardez vos casques!